Emission du 17 février 2009
Le Bio, je l'ai dans la peau !
Marché en plein essor
Les chimistes ont eu d'abord du mal à dompter la nature. Ils se méfiaient des molécules de plantes qu'ils jugeaient trop instables. Non seulement leur composition moléculaire est complexe, mais elle varie selon le degré de maturation de la plante, la saison et les aléas climatiques. Depuis 5 ans, les chimistes ont fait des progrès, les technologies aussi. Du coup, les molécules végétales sont devenues à la mode dans les cosmétiques naturels et le marché est en pleine expansion : les ventes bondissent de 30% par an alors que celles de cosmétiques traditionnels ne progressent que de 5% par an. L'industrie s'est lancée dans le rachat de fabricants bio, dont elle conserve le nom. L'Oréal a racheté Sanoflore, Clarins a repris Kibio, L'Occitane a avalé Melvita...
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Conservateurs naturels
Jean-Pierre Droz, directeur général Bélidis, est dans les cosmétiques bio depuis 30 ans. Il produit des cosmétiques pour d'autres marques qu'il tient secrètes, confidentialité oblige: « On fabrique une crème pour le visage bio comme on fabrique une crème normale, avec de l'huile, de l'eau et un émulgateur pour lier les deux. » On ajoute ensuite des principes actifs, qui feront la différence entre une crème de jour ou de nuit, pour peaux sèches ou peaux grasses. La grande différence entre les cosmétiques vient des conservateurs. « Il existe dans la chimie une panoplie de conservateurs [...] Nous utilisons des extraits de plantes qui ont des effets bactéricides, tel que le thym, le romarin ou l'origan, qui conservent ou freinent le développement bactérien. » Certains consommateurs se méfient, non sans raison, des cosmétiques traditionnels, fabriqués à base de produits chimiques. Certaines substances comme les parabens, des perturbateurs endocriniens, sont suspectées d'être nocives pour la santé. Elles peuvent s'interposer dans le fonctionnement du système hormonal, ce qui pourrait induire des cancers.
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Crèmes aux pesticides
D'autres consommateurs pensent aussi à la protection de l'environnement, même s'ils ne se font pas d'illusions sur le contenu des produits bio, parfois à juste titre. Nous avons trouvé, par exemple, des traces de pesticides dans deux crèmes pour le visage qui se veulent naturelles, la crème nutritive d'Alpaderm et la crème hydratante rose-iris de Farfalla. Ces substances, utilisées dans l'agriculture intensive, ne sont pas du tout prévues pour être appliquées sur la peau du visage. Huma Khamis, responsable des tests comparatifs à la Fédération romande des consommateurs : « Retrouver des traces de pesticides démontre un problème au niveau du contrôle de qualité sur la chaîne de fabrication ou de contamination par les cultures avoisinantes de ces produits. » Ces substances destructrices peuvent-elles pénétrer dans l'organisme ? Laurent Rocher, Docteur en chimie, Laboratoire Eurofins ATS : « Un cosmétique n'est pas sensé passer la barrière de la peau. Il devrait s'arrêter au derme. Mais on sait très bien qu'il y a des molécules qui peuvent aller plus loin. Certaines molécules de certains pesticides peuvent certainement passer la barrière et aller dans le sang. » Voilà donc pourquoi une crème bio doit être irréprochable. Alpaderm et Farfalla ont lancé des investigations pour trouver la source de cette contamination.
La jungle des labels
Lorsque les cosmétiques arborent un label authentique, cela signifie qu'un organisme de certification les a déjà contrôlés. Cette procédure n'est pas le fruit d'une loi : elle a été mise au point par les fabricants eux-mêmes. Il n'existe pas de label suisse. En Suisse romande, on retrouve le plus souvent deux labels : le label allemand discret BDIH et "produits écologiques et biologiques" du Français Ecocert, bien mis en évidence sur le paquet. Que contient vraiment une crème avec ce label ? Exemple avec une crème bio labellisée. L'inscription sur l'emballage donne l'impression qu'elle contient 96,9% de composants bio. En réalité, c'est beaucoup moins. Une crème contient d'abord de l'eau, soit environ 70% du total, puis de la matière grasse, des extraits végétaux et des conservateurs. De tous ces ingrédients, le label "produits écologiques et biologiques" d'Ecocert impose qu'au moins 10% de ce total soit bio. Certaines crèmes bio ne contiennent donc que 10% de produits biologiques.
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Harmonisation nécessaire
On trouve en Europe une dizaine de labels. Tous n'ont pas la même réglementation. Certains, comme le label BDIH, n'imposent pas de seuil minimum de produits biologiques. Cette multiplicité de labels fait bondir Huma Khamis, de la Fédération romande des consommateurs : « Les cahiers des charges diffèrent d'un label à l'autre, les tolérances en matière de substances utilisées vont être différentes. [...] Le consommateur n'a pas vraiment le moyen de savoir, à moins de se procurer les cahiers des charges, parfois disponibles sur les sites internet. » Pour que le consommateur s'y retrouve, il faudrait un seul label, pour la Suisse et toute l'Europe. C'est la conviction de Moritz Aebersold, membre de la direction générale du groupe Weleda. Avec d'autres partenaires, il vient de créer un nouveau label : « NaTrue a été fondé par les pionniers des cosmétiques naturels et bio dans le but d'avoir une envergure internationale. Il est nécessaire de définir clairement des standards reconnus internationalement pour les cosmétiques naturels. » Le label NaTrue a trois niveaux de certification, qui partent des cosmétiques naturels jusqu'aux produits bio les plus poussés.
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Au bout du compte, cela fait encore un logo "bio" de plus sur les cosmétiques. Pourquoi les pionniers des cosmétiques naturels n'ont-ils pas rejoint les autres labels européens qui tentent une harmonisation au sein d'un groupe qui s'appelle Cosmos ? Moritz Aebersold : « Il n'y a encore aucun critère définitif dans leur proposition, il s'agit de cinq organismes qui défendent leurs intérêts. C'est pourquoi nous avons créé le label NaTrue qui fonctionne au niveau européen et international. » Weleda sortira ses premiers cosmétiques arborant le label NaTrue au mois de mai. Et ce n'est pas tout : vous découvrirez fin juin encore un nouveau label suisse "biocosc", il est actuellement en cours de finalisation. En attendant qu'un label s'impose sur le marché, les consommateurs continueront de payer les pots cassés d'une querelle entre fabricants où chacun essaie de prendre le dessus.
Cosmétiques bio : le test
Cosmétiques contenant des traces de pesticides
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-Alpaderm
-Farfalla
Précisions d'Alpaderm: Alpaderm a procédé auprès du CNRS à une expertise d'échantillons provenant du lot mis en cause par l'émission ABE du 17.02.09. Cette expertise confirme la présence de pesticides dans les échantillons examinés par le CNRS, mais "à des "teneurs résiduelles extrêmement faibles". Alpaderm confirme que le lot incriminé n'est plus en vente et qu'elle s'applique actuellement à analyser les composants de ce lot pour déterminer les raisons de cette contamination accidentelle.
Conservateurs
Les conservateurs issus de la chimie de synthèse exposent les consommateurs à un spectre de risques assez large. Ils n'ont aucune raison de se trouver dans un cosmétique naturel, puisqu'il existe d'autres solutions.
Cosmétiques contenant des conservateurs
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- Themis
- Melvita
- Yves Rocher
- L'Occitane
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- Kibio
- Alpaderm in natura veritas
- Dermaclay Eumadis
- Florame aromathérapie
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- Gamarde
- Origins organics
- Dr Hauschka
- Naturaline Natural Cosmetics
La crème hydratante 24 de Thémis renferme le plus grand nombre de conservateurs de tout le test. Trois d'entre eux sont chimiques, notamment le sorbate de potassium, le benzoate de sodium et l'acide déhydroacétique.
Cosmétiques exempts de conservateur
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- Santé Naturkosmetik
- Farfalla
- Weleda
- Kneipp
Est-ce que ces crèmes se conservent moins bien ? Laurent Rocher : « Dans ces produits bio, les huiles essentielles ont des propriétés conservatrices et peuvent se substituer à des conservateurs chimiques. »
Allergènes
Certaines crèmes contenaient beaucoup d'allergènes, comme le limonène, le géraniol ou le citronellol. Huma Khamis, Responsable des tests comparatifs, FRC : « Les allergies aux substances naturelles existent aussi. Si on est allergique à la rose, que ce soit bio ou pas, le seul moyen d'éviter une allergie, c'est d'éviter totalement une substance. »
Cosmétiques contenant des allergènes
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- Florame aromathérapie
- Origins organics
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- Dr Hauschka
- Gamarde
- Melvita
- Farfalla
- Themis Beauté partagée
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- Kibio
- L'Occitane
- Alpaderm in natura veritas
- Dermaclay Eumadis
- Naturaline Natural Cosmetics
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- Yves Rocher
- Santé Naturkosmetik
- Kneipp
Exempt d'allergène
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Weleda
Le grand vainqueur de notre test est Weleda : cette crème hydratante à l'amande ne contient ni pesticide ni conservateur ni allergène. Cette crème qui l'emporte haut la main n'a pourtant aucun label. A l'autre bout de l'échelle, la crème Alpaderm. Laurent Rocher : « On a jugé que c'était le plus mauvais, avec deux pesticides, trois conservateurs, qui sont des conservateurs autorisés par le bio mais qu'on ne s'attend pas forcément à trouver quand on est acheteur de produits bio. »
A titre de comparaison, nous avons analysé deux cosmétiques traditionnels avec le même protocole d'analyse. Nous y avons trouvé 4 conservateurs issus de la pétrochimie pour la crème Nivea Visage, 7 conservateurs pour la crème L'Oréal. Il s'agit notamment des très peu recommandables parabens et du phenoxyethanol. Ces deux produits ne sont pas en reste pour les allergènes : 9 pour Nivea et 8 pour L'Oréal.
Recette de crème hydratante pour le visage
Cosmétique et nanotechnologie : entretien avec le professeur William Dab
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