Emission du 26 janvier 2010

Ampoules économiques : que choisir pour l'avenir ?

Avec la disparition programmée des ampoules à incandescence traditionnelles et de certaines ampoules halogènes, le consommateur moyen se voit obligé aujourd'hui de penser à sa lumière du futur. A sa disposition, pour l'instant, principalement des ampoules fluocompactes qui coûtent plus cher, mais consomment beaucoup moins et durent bien plus longtemps.

Ces ampoules qui disparaissent

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L'Europe part en guerre contre les ampoules à forte consommation. Nous avons demandé à Pierre-André Magnin, de la plate-forme des cantons romands énergie-environnement.ch, de nous faire un petit tour d'horizon des prochains bouleversements de notre univers lumineux :



« La première échéance concerne les ampoules à incandescence de 100 W qui appartiennent à la catégorie énergétique E. Elles ne seront plus en vente dès septembre 2010. D'ici 2012, toutes les ampoules à incandescence devront avoir disparu. Il restera ensuite les ampoules halogènes de classe C qui consomment 30% de moins que les ampoules à incandescence, mais elles devront aussi disparaître en 2016.



Certaines ampoules halogènes spéciales ou en classe B resteront, mais l'avenir de l'ampoule, ce sera surtout les fluo compactes et les LED. Elles appartiennent à la classe A et consomment jusqu'à 5 fois moins que nos ampoules actuelles. »

Les fluo compactes : les ampoules qui rayonnent

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Peter Schlegel, un ingénieur formé à l'Ecole Polytechnique de Zürich, a une spécialité ; la mesure des rayonnements chez les particuliers. Les antennes de télécommunication, les bornes Wi-fi, les téléphones portables, les radars: rien ne lui échappe. Et depuis quelque temps, une autre source de rayonnement est venue s'ajouter à sa liste: l'ampoule économique fluo compacte.



Anita a un hobby, la fabrication de bijoux de fantaisie. Elle travaille souvent très près de sa lampe de travail. Elle a vécu une expérience troublante. « J'ai remarqué que j'avais des vertiges et des impressions étranges dans la tête comme chez le dentiste quand il creuse une dent avec sa fraise, juste avant que ça fasse mal, en fait, ça ne fait pas mal mais c'est une impression forte et désagréable, très bizarre. »



Anita n'a pas découvert tout de suite la source de son mal. « J'ai mis du temps à comprendre que cela venait des ampoules. La première fois que j'ai remarqué le rapport, c'était dehors, j'étais allée à Lucerne, dans un petit marché à l'extérieur. J'aime les bijoux et il y avait un stand avec des bijoux, je suis allée voir, je suis restée un moment debout à regarder et tout d'un coup j'ai éprouvé à nouveau cette sensation bizarre que je viens de décrire. J'ai été étonnée et me suis demandée ce que j'avais, j'ai regardé au-dessus de moi et j'ai vu toute une rangée de lampes économiques. Et là, j'ai compris que j'étais sensible à ces lampes. »

 [DR] [DR] J'ai été chez mon médecin de famille, la première chose qu'il a constatée, c'est que j'avais une anémie, il a réglé ça, il m'a dit que c'était en ordre. Il m'a envoyé chez l'ORL, qui a trouvé que j'entendais comme une jeune femme de 20 ans, alors que j'ai... beaucoup plus de 20 ans !



Anita va mieux depuis qu'elle a éliminé toutes les ampoules fluo compactes de son logis. Son histoire n'est pas unique. A la rédaction d'A Bon Entendeur, nous avons reçu des dizaines de messages de télespectateurs inquiets des rayonnements électromagnétiques des ampoules économiques. Il faut dire que depuis quelque temps, un petit film sur les champs magnétiques émis par ces ampoules s'échange sur Internet. Il a été réalisé par Annie Lobé, une journaliste française.



Nous avons voulu vérifier l'expérience d'Annie Lobé avec notre spécialiste Peter Schlegel, mais sur les champs électriques d'abord, tout aussi importants. Ecoutez ce que donne un simple transistor radio réglé sur les ondes longues, c'est-à-dire, de 150 à 250 kiloherz. En présence d'une ampoule fluo compacte, la radio produit un bourdonnement sourd. Mais si l'on renouvelle la même expérience avec une ampoule à incandescence, la radio ne produit aucun son.



Muni d'un analyseur de spectre, Peter Schlegel teste ensuite ces mêmes deux ampoules. L'ampoule à incandescence n'a aucun effet sur la courbe de son appareil. En revanche, le diagramme du même appareil part en dents de scie lorsqu'il est disposé à proximité de l'ampoule à basse consommation.

 [DR] [DR] Troisième expérience, avec une autre sonde qui mesure directement l'intensité du champ électrique. L'ampoule classique n'émet aucun champ électrique. En revanche, l'ampoule fluo compacte testée émet un champ de 20 Volts par mètre (V/m) à 30 centimètres.



Fort du résultat de cette petite expérience, nous avons voulu réaliser un test classique



d'A Bon Entendeur sur des ampoules du commerce et là, stupeur, il n'existe pas aujourd'hui de méthode officielle pour mesurer ces rayonnements sur des ampoules.



C'est finalement à Düsseldorf, en Allemagne, que nous avons trouvé une solution. Wolfgang Maes, du laboratoire d'analyse de l'environnement Maes, propose d'utiliser le standard de mesure employé pour les écrans d'ordinateurs. « Quand on mesure les champs électromagnétiques, l'électrosmog, on peut utiliser un standard pour les ordinateurs qui s'appelle TCO : il s'agit d'une norme suédoise qui permet de classer les écrans et les postes de travail équipés d'ordinateurs en fonction de l'intensité de leurs émissions électromagnétiques. »



« Nous appliquons cette norme TCO aux ampoules économiques parce qu'il existe indiscutablement des analogies... Les champs électriques aussi bien que les champs magnétiques des ampoules économiques ont un comportement très semblable à ceux des écrans d'ordinateurs, c'est la raison pour laquelle nous nous basons sur la norme TCO pour définir, par exemple, la distance à respecter pour mesurer ces rayonnements. Que cela soit pour les écrans ou pour les ampoules cette distance est toujours de 30 cm minimum. »

La norme TCO est désormais souvement utilisée pour mesurer les ampoules en Europe, selon Wolfgang Maes. « La norme TCO est devenue une sorte de mesure standard de ce type d'éclairage pour des revues spécialisées de tests, comme K-Tipp en Suisse ou Ökotest en Allemagne. Et ce sont toujours les normes TCO qui sont citées par les autorités, par l'office fédéral allemand de la protection contre les rayonnements, par les universités ; Elles sont désormais appliqués comme une sorte de standard de référence pour ce type de mesures. »



Wolfgang Maes a testé pour nous les rayonnements électriques et magnétiques de 10 ampoules fluo compactes de 15 W trouvées dans le commerce, auxquelles nous avons ajouté une ampoule halogène éco de 53 W et une ampoule à incandescence classique de 75W, ainsi que deux ampoules LED de 2 et 5 W pour comparaison. Le test a été effectué dans une pièce isolée des influences électromagnétiques extérieures.



Et les résultats pour les champs électriques dans la bande de fréquence de 2 à 400 kiloherz à 30 centimètres de l'ampoule sont proprement renversants. Toutes les ampoules fluo compactes émettent de 13 à 38 fois plus que la norme TCO pour un écran d'ordinateur qui s'établit à 1V/M maximum.



Voici les résultats détaillés :

 [DR] [DR] La OSRAM Duluxstar Mini globe, 13 V/m



La OSRAM Dulux Value Classic A, 15 V/m.



La Coop - Oecoplan Economy, 18 V/m.

 [DR] [DR] La Coop - Qualité&Prix, 20 V/m



L'ampoule Casino et la Philips Tornado CDL865, 22 V/m.

 [DR] [DR] La Samsung Pleomax Prime, 23 V/m.



La Go'On !, 26 V/m.



La Casino- ECO, 29 V/m.

 [DR] [DR] La IKEA Model SU 115, 38 V/m.



Wolgang Maes juge l'ampoule IKEA comme la plus mauvaise du lot : « Dans ce test, l'ampoule IKEA a obtenu, à cette distance, le plus mauvais résultat en termes d'électrosmog, mais aussi en ce qui concerne d'autres aspects, comme la qualité de la lumière et le scintillement. »

 [DR] [DR] Du côté des ampoules LED, leur champ électrique dans cette bande de fréquence était proche de la norme TCO, mais pas nul.

 [DR] [DR] Quant à l'ampoule halogène et à l'ampoule à incandescence classique, leur rayonnement était nul.

 [DR] [DR] Nous avons également mesuré les champs magnétiques émis par toutes ces ampoules dans cette même bande de fréquence à 30 centimètres de distance. Là, deux ampoules seulement dépassaient la norme TCO (25 nT dans ce cas), il s'agit de la OSRAM Miniglobe et de l'ampoule IKEA SU115.

Wolfgang Maes: A cela s'ajoute que les normes TCO satisfont encore à un critère important ; elles comportent aussi une évaluation biologique, c'est-à-dire qu'elles s'efforcent pour les postes de travail équipés d'ordinateurs de maintenir les rayonnements les plus faibles possibles selon le principe de précaution pour éviter tout risque biologique. Et ce qui n'est pas recommandé dans le monde entier pour un écran d'ordinateur ne devrait pas être permis non plus pour une lampe énergétique !

Entretien avec Luc Mariot, journaliste d'ABE

Miroir, mon miroir, dis-moi qui est la plus LED : Visite avec Serge Komaromi, StarsLED SA

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Le futur s'appelle OLED

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Bienvenue dans le monde surprenant des OLED, en français les diodes électroluminescentes organiques. Les OLED, ce ne sont plus des points de lumière, mais des surfaces lumineuses complètes de moins de 2 mm d'épaisseur qui peuvent jouer la transparence. Dans le futur, nos fenêtres seront peut-être aussi des lampes OLED.



Kristin Knappstein, Directrice du développement commercial, OLED-Philips, connaît bien ce type d'ampoules et nous en explique le fonctionnement. « Les OLED appartiennent comme les LED à la famille des sources de lumière à semi-conducteurs. Leur différence réside d'abord dans les matières utilisées pour l'émission de la lumière. Le « O » dans OLED veut dire « matières organiques », c'est-à-dire des composés de carbone et d'hydrogène. Habituellement, quand on pense « lumière », on pense ampoules ou points de lumière, on tente de former des faisceaux et on y met un diffuseur par-dessus. Avec les OLED, nous avons une source lumineuse qui est naturellement diffuse et qui émet donc de la lumière de manière très douce sur une surface complète. Nous voyons plutôt les OLED comme des quasi luminaires qui feront partie intégrante des surfaces. Ce ne sera plus une chambre éclairée avec des lampes, mais des surfaces lumineuses intégrées dans du bois, du verre, dans toutes les surfaces qui vous entourent ».



Elle travaille dans la première usine d'OLED d'éclairage dans le monde, à Aix-la-Chapelle, en Allemagne. Philips a dédié cette usine à ces ampoules afin de « sortir cette technologie des laboratoires et l'industrialiser très vite, pour comprendre comment lancer une production mécanique et robotique de vrais produits de consommation ». Selon Kristin Knappstein : « une OLED, c'est un sandwich de verre avec au milieu, très serré et bien protégé de l'oxygène, un autre sandwich de deux électrodes, l'une transparente et l'autre en aluminium. Et au centre de tout cela, vous avez la substance organique qui émet la lumière. »

 [DR] [DR] La production d'OLED c'est une industrie de semi-conducteurs, de nanotechnologie. Les différentes phases de production sont mécanisées. Elles se déroulent sous vide et par moment à une température de plusieurs centaines de degrés. On est aussi dans le monde de l'infiniment petit.... L'épaisseur du substrat qui émet la lumière rapportée à l'épaisseur de la OLED entière, c'est comme l'épaisseur d'un cheveu face à la Tour Eiffel.



Pour le moment, seul des lumiblades, des OLED brutes, sont disponibles sur le commerce, mais des luminaires et des constructions lumineuses qui utilisent des OLED devraient apparaître cette année.

 [DR] [DR] Reste encore à augmenter les surfaces et la durée de vie des OLED, plus courte aujourd'hui encore que celle des LED, et de les rendre dans un futur proche non seulement transparentes mais aussi flexibles, pour pouvoir habiller de lumière des objets très divers.



Selon Kristin Knappstein, l'éclairage du futur fera appel à la combinaison des LED et des OLED. « Les LED s'occuperont de l'éclairage directionnel, parce qu'une lumière uniquement diffuse n'est pas très inspirante. Vos yeux ont besoin d'orientation dans la pièce. Donc les LED vont tenir le rôle dramatique, alors que la partie diffuse sera tenue par les OLED, une lumière douce avec une très belle couleur, un beau blanc chaud, par exemple. Le futur, c'est vraiment une combinaison des deux. »

Entretien avec le prof. Suren Erkman, Ecologie industrielle, UNIL

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