Emission du 19 mai 2009

Additifs alimentaires: attention à l'addition!

Les parents d'une petite fille, Eva, ont vécu l'enfer pendant un peu plus de 2 ans. Au coeur de leur histoire, il y a des substances auxquelles nous sommes tous exposés, une fois ou l'autre ou régulièrement.

Eva, du démon à l'ange

« C'était un bébé qui ne dormait jamais, qui avait constamment les yeux ouverts, les poings serrés toutes les nuits. C'était des hurlements, même pas des cris ou des pleurs, mais un hurlement profond. » Laurence Burnand s'est posée des questions quant à sa fille, Eva : « Des fois, je me demandais si elle n'était pas à la limite de la normalité. Elle se jetait par terre, se tapait la tête, elle était tout le temps surexcitée. » Elle est à bout, ne sait pus quoi faire : « Je la tape ? Je la console ? Je la punis ? Plus d'une fois j'aurais pu la jeter par la fenêtre. » Michel le papa: « il y avait vraiment des gestes d'une rare violence pour une enfant de cet âge. Ma femme m'a téléphoné plus d'une fois au travail, en pleurant parce qu'elle ne savait plus quoi faire avec Eva. On perd ses moyens et cela peut être dangereux. Combien de fois elle m'a dit : "rentre avant que je ne fasse une bêtise." »

 [DR] [DR] Aujourd'hui, Eva a 2 ans et demi et c'est une petite fille bien plus tranquille. Mais il a fallu à ses parents un long chemin pour retrouver cette normalité. Les parents ont bien sûr consulté leur pédiatre. Puis un neurologue, des spécialistes en troubles du sommeil. Ils ont même amené Eva au Kinderspital de Zurich. Les diagnostics sont tous négatifs. Ni épilepsie, ni hyperactivité, ni terreurs nocturnes. Les médecins constatent ses troubles de comportement, mais ne les expliquent pas. « A 11 mois, elle allait partout, elle voulait tout le temps être debout, elle se jetait en bas de son pousse-pousse », explique Laurence. Les parents sont livrés à eux-mêmes, désemparés. Jusqu'à ce week-end de janvier dernier, après un week-end exceptionnellement calme pour la petite Eva : « Je me suis interrogée : Eva, le week-end, ne mange pas de bonbons. La semaine, pratiquement tous les jours, elle prend un petit bonbon au tea-room. Ca m'a fait tilt d'un coup. » Après des heures de recherches sur Internet, Laurence remonte la piste des additifs alimentaires, en particulier celle des fameux E utilisés pour conserver les bonbons. Elle découvre l'acide benzoïque. Ce composé chimique devient son suspect numéro un.

 [DR] [DR] Produit à partir de dérivés pétroliers, l'acide, et les trois sels de la même famille, sont répertoriés sous les codes E 210, E 211, E 212 et E 213. Dès sa découverte à la fin du 18e siècle dans une résine végétale, cette substance a déclenché débats et polémiques aux Etats-Unis. L'industrie alimentaire veut l'utiliser comme conservateur alors que les autorités sanitaires le jugent nocif. Toutefois, le lobby industriel parvient finalement à l'imposer et, en 1909, l'acide benzoïque est autorisé dans les aliments. Il est largement utilisé dans toutes sortes de produits, même dans les cosmétiques et les lingettes pour bébé pour lutter contre les bactéries et les moisissures. Ces dernières années, l'industrie commence à le retirer, mais il sert encore à conserver certains liquides et produits sucrés. La mère d'Eva a fait un rapprochement entre les sucreries et les troubles de son enfant : « en stoppant les bonbons, elle devenait plus calme, on pouvait communiquer avec elle, chose qui n'était pas possible avant. » Elle est confortée dans son intuition par une étude scientifique publiée en 2007 dans le grand journal de référence The Lancet. Elle montre que la consommation de certains colorants associés au E 211 favorise l'hyperactivité chez des enfants de moins de 12 ans. Jim Stevenson, professeur en psychologie, Université de Southampton : « Ces additifs peuvent avoir un effet très important sur certains enfants. Désormais, les autorités britanniques recommandent aux parents concernés par l'hyperactivité de leurs enfants d'exclure les additifs que nous avons testés du régime de l'enfant. » C'est ce que font les parents d'Eva, en supprimant les bonbons. Mais, peu après, la petite fait des nouvelles crises, très violentes. Elle vient d'avaler des médicaments que sa mère lui a donnés pour soigner une vilaine grippe. Laurence Burnand reprend sa traque et découvre des E 210 et E 211 dans tous les médicaments de sa pharmacie, dans les vitamines, dans le ketchup ou dans le sirop. Les parents stoppent tout et en quelques jours la petite a retrouvé son calme. « En l'espace de 4-5 jours, le fait d'avoir retiré ces agents conservateurs, ça a été le jour et la nuit. on peut lire beaucoup de choses, nous on l'a vécu, c'est de la pratique et je le dis avec un grand oui : cela a changé quand on a éliminé ces choses là » affirme Michel.

 [DR] [DR] A Bon Entendeur a demandé au laboratoire cantonal vaudois de doser l'acide benzoïque contenu dans les deux médicaments et le complément vitaminé donné à Eva pour soigner sa grippe. Alain Etournaud, chimiste cantonal vaudois adjoint, décrypte les résultats : « les valeurs sont relativement élevées par rapport à celles dont on a l'habitude dans les denrées alimentaires. Mais il ne faut pas comparer ces valeurs aux quantités maximums admises dans les denrées alimentaires : les médicaments sont pris occasionnellement lors de périodes de maladies, ce n'est pas tout à fait le même problème. » Toutefois, il est courant de prendre plusieurs médicaments à la fois. Pour une petite fille de 11 kilos comme Eva, la dose admissible de 55 mg par jour peut vite être dépassée. La preuve avec nos résultats, calculés en fonction de la posologie pour un enfant de 1 à 3 ans : 32 mg d'acide benzoïque dans le sirop Ponstan, 21,6 mg dans l'Algifor Dolo Junior et 12 mg dans le complément Multi-Sanasol, un complément vitaminé qu'elle prenait tous les jours. Eva a donc avalé un total de 65,6 mg d'acide benzoïque. C'est 20 % de plus que la dose journalière admissible. Et cela sans compter d'autres sources d'acide benzoïque dans son alimentation, comme par exemple le sirop grenadine que la fillette buvait quotidiennement,

Cependant, prouver que cette surdose est à l'origine des troubles d'Eva, c'est une autre affaire. Pour l'instant, on en reste à une hypothèse. Les mécanismes exacts de l'intolérance aux additifs ne sont pas encore expliqués. Philippe Eigenmann, allergologie pédiatrique, HUG : « On connaît les allergies parce que cela implique le système immunitaire. On sait quoi étudier. Mais l'intolérance agit à divers niveaux, en fonction des personnes. Les symptômes peuvent être dermatologiques, digestifs, comportementaux. C'est extrêmement difficile de trouver le mécanisme exact de l'intolérance. » Pour les parents d'Eva, ce qui compte, c'est leur propre expérience, leur choix pragmatique de supprimer l'acide benzoïque, un choix qui a transformé Eva. Michel Burnand : « Ca fait 3 mois que cela va bien. Elle a son caractère, elle s'énerve, elle pleure mais cela n'a rien à voir, c'est vivable. Elle est adorable, elle se lève, elle sourit. Mais je pense qu'elle a souffert [de ces troubles]. Elle en a souffert. » Eva va mieux, mais combien d'autres enfants, combien d'autres malades souffrent encore, sans que la science n'ait pu leur fournir ni d'explications ni de vrai remède pour les soulager. Jacques Diezi, toxicologue, Université de Lausanne : « si on veut connaître les effets sur l'homme, il faut faire des études cliniques. Or, ces études cliniques coûtent extrêmement cher. On trouve des investisseurs pour les médicaments car il peut y avoir des profits. Pour les additifs alimentaires, la marge de bénéfice est sûrement très faible, personne, si ce n'est les pouvoirs publics, ne paieraient de telles études. » Un état de fait qui révolte Michel : « parce qu'il n'y a pas des affirmations concrètes, on laisse tomber, personne ne dit rien. Les enfants souffrent, mais tant pis... »

Entretien avec Thierry Buclin, Pharmacologie et Toxicologie cliniques CHUV

Disponible uniquement en vidéo.

Menus types: addition d'additifs

Dans notre alimentation, plus de 300 additifs sont autorisés. Beaucoup sont inoffensifs mais certains sont à éviter. Une réalité qu'explique l'un des rares nutritionnistes français à critiquer les méthodes de l'industrie alimentaire, le docteur Laurent Chevallier, responsable des pôles Nutrition, CHU Montpellier : « Tous ces additifs sont le cache-misère d'une alimentation industrielle qui est devenue complètement fadasse. » ABE a reconstitué les menus types d'une journée d'une personne n'ayant pas le temps de faire quotidiennement un tour au marché, comme la majorité d'entre nous. Nous avons recensé la liste des additifs consommés durant cette journée. Le résultat est éloquent...
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 [DR] [DR] PETIT-DEJEUNER

Fruits mélangés 100% pur jus Anna's Best Migros

- E 300 acide ascorbique (antioxydant)

Yogourt écrémé à la cerise WeightWatchers Lifestyle Coop

- E 1442 amidon de mais modifié

- E 951 Aspartame (édulcorant)

- E 950 (édulcorant)

Crunchy Mix Fibre actilife migros

- E 471 ( émulsifiant)

- Lécithine de tournesol (émulsifiant) (E 322)

- Glycérol (humectant) (E 422)

- E 220, anhydride sulfureux (conservateur, dans les pommes !) (sulfite)

10H

Abricots secs Morga

E 220 (conservateur) (sulfite)

 [DR] [DR] DEJEUNER

Club Sandwich Boeuf fumé Lunch express Migros

- E 471 (émulsifiant)

- E 300 acide ascorbique

- E 250 (conservateur) nitrites et nitrates

- E 301(ascorbate de sodium

- E 621 glutamate monosodique

- E 412 Gomme de guar (stabilisant)

- E 415 gomme xanthane (stabilisant)

Salade de cornettes Betty Bossi coop

- E 412 Gomme de guar (épaississant)

- E 415 gomme xanthane (épaississants)

- E 1422 amidon de maïs modifié

- E 250 (conservateur - dans la viande) nitrites et nitrates

- E 450 (stabilisant)

- E 451 (stabilisant)

- E 301 acide ascorbique

Les nitrites, des conservateurs largement utilisés pour les charcuteries, sont potentiellement toxiques. Sont-ils indispensables ? Aline Clerc, spécialiste alimentation, Fédération romande des consommateurs : « Ces conservateurs ont une vraie fonction, éviter la prolifération de la toxine botulique qui peut entraîner la mort. Il faut donc faire la balance entre les effets potentiellement cancérigènes, à long terme, des sels nitrités, et la prévention immédiate d'un risque mortel. Le conseil est donc de ne pas manger de la charcuterie trop souvent. »

GOUTER

Une pomme

APERO

Pain Carré Coop

- E 300 acide ascorbique (agent traitement farine)

Cocktail-Blinis Blini Coop

- E 420 sorbitol

- E 500 carbonate acide de sodium, synthétisé à partir d'eau très salé

- E 322 lécithine de soja

Flûtes de Morat paprika Roland

- Glutamate monosodique (E 621) (exhausteur de goût)

- Inosinate disodique (E 631) (exhausteur de goût)

- Guanylate disodique (E 627) (exhausteur de goût)

- acide citrique 330

- Annatto (160b) (colorant)

- Cochenille (120) (colorant)

Olives Diabolo Anna's Best Migros

- E 210 acide benzoïque (conservateur)

- E 224 (conservateur ) sulfites

- E 509 (affermissant)

- Acide ascorbique(antioxydant) (E301)

- Acide citrique (antioxydant) 330

- Acide lactique (E 270) (acidifiant)

Oeufs de Lompe Compass Brand Migros

- E 620 acide glutamique (ex goût)

- E 415 (épaississnt)

- E 211 benzoate de sodium (conservateur)

- E 330 acide citrique

- E 151 (colorant : Noir brillant BN)

- E 110 (colorant ; Jaune orangé S)

Crevettes à l'ail Migros toutes prêtes

- Acide citrique (acidifiant) (E330)

- Acide tartrique (acidifiant) (E334)

- E 296(acide malique) (acidifiant)

- E 202 sorbate de potassium (conservateur)

- E 211 benzoate de sodium (conservateur)

Salade de poulpe Coop

- E 621 (glutamate monosodique)

- E 627 (exhausteur de goût)

- E 631 (exhausteur de goût)

- E 331 (acidifiant)

- E 334 (acidifiant)

- E 330 (acidifiant)

- E 420 sorbitol (humectant - édulcorant)

- E 211 benzoate de sodium (conservateur)

 [DR] [DR] DINER

Jambon Del Maître fumé sans adjonction de polyphosphates (ou autre)

- E 250 (cons) nitrites et nitrates

- E 621 Glutamate monosodique

- E 301 acides ascorbiques (antioxydant)

- E 331 acides citriques (antioxydant)

Purée de pommes de terre Mifloc Migros

- E 471 (émulsifiant)

- E 450 (stabilisant)

- E 304 (antioxygènes)

- E 223 disulfite de sodium (antioxygène - conservateur)

- Acide ascorbioque (E 300)

Vinaigre Kressi aux herbes Chirat (pour la sauce à salade)

- Glutamate monosodique (E 621) (exhausteur saveur)

E 224 (antioxydant) (sulfite)

Moutarde forte Thomy (pour la sauce à salade)

- Acide tartrique (E 334)

- E 223 (antioxydant - conservateur) (sulfite)

BOISSON

Orangina rouge

- Acide citrique (E330)

- Acide orthophosphorique E338 (antioxydant)

- E 211 benzoate de sodium (conservateur)

- E 129 rouge allura AC (colorant)

DIVERS

avant d'aller au lit, une petite gourmandise volée à son fils

Petits Filous aux fruits Yoplait

- E 412 gomme de guar (épaississant)

- Gomme xanthane (E 415) (épaississant)

- Farine de graines de caroube (E 410) (épaississant)

- E 163 Anthocyanes (colorant)

- E 120 Cochenille (colorant)

- E 160c (colorant)

- E 100 Curcumine (colorant)

Malabar

- E 422 glycérol (humectant)

- E 320 BHA (antioxydant)

- E 124 rouge cochenille A, ponceau 4R ou coccine nouvelle

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