Emission du 10 février 2009
Humidifiez-moi ! Le blues des humidificateurs
Un air sec
En hiver, dans les logements confortablement chauffés, le taux d'humidité chute singulièrement. Un air trop sec agit un peu comme un buvard : il absorbe l'eau partout où elle se trouve, même sur les êtres vivants. Parfois, notre corps réagit à ce manque d'eau et ressent de l'inconfort. Dans les chambres des enfants de la famille Garcia, l'humidificateur fonctionne à des moments bien particuliers. Sonia Garcia : « Essentiellement quand ils sont malades. La pédiatre nous l'avait conseillé lors d'une bronchiolite. Cela avait produit un grand changement en très peu de temps. »
[DR]
Notre organisme fonctionne en interaction avec l'air ambiant. Le Docteur Jean-Georges Frey connaît notre système respiratoire sur le bout des doigts. Dr Jean-Georges Frey, pneumologue, sous-directeur, Centre valaisan de pneumologie : « L'humidité de l'air est très importante.. Le poumon va aspirer de l'air qui contient de l'eau. Au-delà des poumons, il va, par les grosses bronches, pénétrer dans les cellules qui ont besoin d'eau. Dans les bronchioles ou dans les alvéoles, l'eau nourrit les cellules défensives des poumons. Si vous avez un air trop sec, vous aurez un risque d'infection ». L'humidité est donc importante, pour nos muqueuses également. Quel est le taux idéal ? La question n'est pas tranchée scientifiquement, 50% d'humidité serait optimum, mais la fourchette acceptable peut aller de 30 jusqu'à 60 % . Et si l'air contient moins de 30% d'humidité ? Dr Jean-Georges Frey : « Sur un organisme sain, certaines personnes se plaindront de sensations d'inconfort. Chez quelqu'un de malade, en particulier des bronches, qui émet beaucoup de sécrétions, on peut arriver à des problèmes sérieux : ces sécrétions deviennent extrêmement collantes, très difficiles à évacuer des poumons, ce qui va favoriser des pneumonies ».
A la recherche de l'hygromètre
Il ne sert à rien de faire fonctionner un humidificateur si l''humidité est suffisante. Le risque de sur-humidification est plus problématique qu'un air trop sec. Comment mesure-t-on le taux d'humidité relative? Dans quels environnements risque-t-on de rencontrer des taux insuffisants ? La réponse à ces questions tient en un mot : hygrométrie.
[DR]
Le Musée d'Histoire des Sciences à Genève abrite une collection permanente d'instruments scientifiques. Parmi ceux-ci, des instruments de mesure de l'humidité remontant à plusieurs siècles en arrière. L'un des plus anciens hygromètres de la collection fonctionne avec un fil d'avoine qui réagit à l'humidité. Stéphane Fischer, assistant conservateur, Musée d'Histoire des Sciences, GE : « Le fil se rallonge ou se raccourcit suivant l'humidité de l'air et agit en même temps sur une aiguille. » L'hygromètre à cheveux, inventé à la fin du XVIIIème siècle par Horace-Bénédict de Saussure, nettement plus fiable que celui à fil d'avoine, a révolutionné la discipline. Stéphane Fischer : « Quand il fait sec, le cheveu se contracte et l'aiguille [reliée par un système de poulie et couplée à un cadran numérique] descend vers les points de sécheresse. A l'inverse, lorsqu'il fait humide, le cheveu se détend et l'aiguille remonte. » L'instrument a été largement reproduit ou copié, et son système à cheveux est encore utilisé aujourd'hui.
[DR]
Un hygromètre mesure en fait l'humidité relative : pour une même quantité d'eau présente dans l'air, si la température monte, l'humidité relative baisse. Pendant l'hiver, les problèmes d'air trop sec se posent aussi dans les espaces professionnels. A la TSR par exemple, un jour de janvier, les 11 mesures effectuées révélaient un taux inférieur à 30% d'humidité relative. Horacio Herrera, hygiéniste du travail : « Ce n'est pas étonnant, ce sont des valeurs standards. Cela ne veut pas dire qu'elles sont bonnes mais on va trouver les mêmes dans d'autres bureaux similaires si l'humidité n'est pas contrôlée de façon automatique et mécanique. » Quid des effets de ce manque d'humidité ? « On aura un dessèchement des yeux, une sensation de soif permanente, une irritation de la gorge pour les taux très bas. Certaines personnes portant des lentilles de contact réagissent encore plus fort. Le taux idéal est entre 40 et 50% d'humidité. » Ouvrir la fenêtre ne va pas augmenter le taux d'humidité relative, alors que faire ? Horacio Herrera : « On peut mettre un humidificateur, mais c'est à double tranchant. Il faut très bien les entretenir, sinon vous introduisez une source de contamination possible dans votre bureau. »
Humidificateurs : le test
Il existe trois systèmes d'humidification :
La vapeur chaude, appelé aussi vaporisateur. L'eau est chauffée et la vapeur se répand dans la pièce. Attention donc au risque de brûlure, ce système ne convient pas pour une chambre d'enfant.
L'évaporateur ou saturateur à froid. L'air ambiant est capturé, chargé d'eau et ressort grâce à un ventilateur. L'avantage, c'est qu'il n'y a aucun risque de sur-humidification.
Le système à ultrasons. L'eau est légèrement chauffée, elle arrive sur une membrane à ultrasons qui fait vibrer l'eau et transforme les gouttes en fines particules qui ressortent sous forme d'un brouillard. Attention, il ne faut pas le pas poser par terre, ni près d'un chauffage.
Le laboratoire spécialisé d'Aix-en-Provence a mesuré pour nous la performance de 11 humidificateurs. Il a également vérifié la sécurité, le bruit et la consommation d'électricité.
Verdict.
HUMIDIFICATEURS A VAPEUR CHAUDE
[DR]
Delonghi Merlino VH 400 : SATISFAISANT. Performance correcte mais gros consommateur d'électricité comme tous ceux fonctionnant à vapeur chaude.
[DR]
Satrap Livingair, marque COOP : SATISFAISANT. Encore plus gourmand en électricité.
Véronique Suquet, Responsable Hygiène et Household, Eurofins ATS : « Il est satisfaisant mais sur un temps limité. Après 5h30, le taux d'humidité va baisser. »
[DR]
Turmix Ax 220 : INSATISFAISANT. Equipé d'un hygrostat qui permet d'éviter une sur-humidification. Performance très correcte, mais ce produit s'ouvre facilement, donc risque aggravé de brûlure.
EVAPORATEURS (SATURATEURS A FROID)
[DR]
Satrap Humi 50 : TRES SATISFAISANT. Bonne performance, un peu bruyant.
Turmix Ax 300. TRES SATISFAISANT. Bonne performance, un peu bruyant.
[DR]
Air-o-swiss e2441 : SATISFAISANT. Très stable, mais la capacité d'humidification laisse un peu à désirer. Véronique Suquet, Responsable Hygiène et Household, Eurofins ATS : « L'humidité maximale obtenue est de 49%. C'est le seul produit qui n'a pas atteint les 50% d'humidité. »
[DR]
Solis Hydromatic: SATISFAISANT . Performance correcte mais sécurité problématique, le ventilateur n'étant pas suffisamment protégé.
HUMIDIFICATEURS A ULTRASONS
[DR]
Boneco 7136 : SATISFAISANT. Bonne performance mais s'ouvre facilement, avec un risque électrique dû aux projections d'eau.
[DR]
Solis ultrasonic 970.2 : SATISFAISANT. Bonne performance également avec le même risque électrique que le Boneco. Consommation électrique nettement supérieure aux autres appareils à ultrasons.
[DR]
Turmix Ax 400 : SATISFAISANT. A peine moins performant, mais là encore, problème de sécurité électrique, s'ouvre facilement.
[DR]
Miostar Iceland : JUSTE SATISFAISANT. Manque de stabilité, s'ouvre très facilement, risque électrique.
Cécile IBANES, Conseiller technique Bazar, Eurofins ATS:« Parmi les 12 modèles testés, seuls deux ont des coupes circuits électriques qui arrêtent l'appareil lors de l'ouverture. Aucun modèle n'est protégé par un système assurant que l'appareil ne s'ouvre pas trop facilement. »
Quant l'humidificateur devient un problème
Un humidificateur peut vous faire plus de mal que de bien. Attention aux bactéries et aux contre-indications. L'emploi d'humidificateur reste une question débattue dans le corps médical.
[DR]
Le docteur Stéphane Guinand est pédiatre-pneumologue en ville de Genève. L'humidificateur, qu'en pense-t-il ? « Il fut un temps où les humidificateurs étaient utilisés à tout crin. Mais cette utilisation n'est pas bénigne. Si la pièce est trop humide, cela peut favoriser le développement de moisissures, ce qui peut péjorer l'asthme. En ce qui concerne les petits enfants, ce n'est pas nécessaire, à l'exception des cas de faux croups. Si la pièce est trop sèche, en dessous de 30%, j'approuve l'utilisation de l'humidificateur, mais couplée à un hygromètre. A partir d'un taux de 45%, il doit s'arrêter. » Jean-Luc Chapon, lui, traque les bactéries. L'autre risque, avec les humidificateurs, c'est une contamination. Le directeur d'Amico>Lab est parfois appelé par des particuliers pour vérifier la qualité de l'air. Il capture l'air du panache rejeté par l'humidificateur et prélève l'eau du réservoir à fin d'analyse. L'expertise ne serait pas complète sans des frottis sur les parois intérieures. « L'eau stagnante s'enrichit petit à petit en micro-organismes. Quand on met en marche l'appareil, ces micro-organismes se retrouvent dans l'atmosphère. Même un appareil qui ne fonctionne pas pendant un week-end, c'est suffisant pour avoir un développement microbien. »
[DR]
Dans son laboratoire, Jean-Luc Chapon traite les prélèvements effectués chez une particulière. Ils sont "chargés" : colonies microbiennes, moisissures.... Jean-Luc Chapon : « Je m'attendais à une contamination microbienne plus faible. Mon conseil à cette dame : n'utiliser l'humidificateur que quand c'est indispensable et le nettoyer encore mieux, soit changer l'eau à chaque fois que l'appareil a été arrêté, voire de débrancher, de nettoyer et désinfecter l'appareil à chaque fois. » Si certains germes sont relativement bénins, d'autres peuvent être bien plus pathogènes, tels les pseudomonas. Dr Jean-Georges Frey, médecin, pneumologue, sous-directeur Centre valaisan de pneumologie : « En principe, si le poumon et le système immunitaire sont sains, il y a de fortes chances qu'il ne se passe rien. Mais il y a un petit risque de développer une pneumonie à pseudomonas, une forme agressive à éviter. D'autres personnes peuvent développer une pneumopathie d'hypersensibilité, de type allergique, qui va envahir les poumons et peut aboutir à une insuffisance respiratoire et tuer l'individu. Si on décide d'avoir un humidificateur, Il faut donc l'entretenir très méticuleusement. »
La plupart des modes d'emploi indiquent qu'il faut changer l'eau, sans forcément préciser à quelle fréquence. Or, avec un autre essai en laboratoire, ABE s'est aperçu que les microbes prolifèrent très vite dans un système d'humidification à froid. Le risque est moindre avec la vapeur chaude, il est limité dans les appareils à ultrasons équipés de protections anti-bactéries, mais selon notre spécialiste, aucun système n'empêchera complètement les micro-organismes ou moisissures de se développer. Il faut changer l'eau, nettoyer, sécher très régulièrement, ce que peu de gens font !
L'intégrale de l'émission
Les séquences de l'émission
- Dernières émissions
-
Les experts de demain sont déjà là!
Emission du mardi 08 mai 2012 Qui sont les gagnants du grand concours "Les experts de demain", lancé par la Fédération romande des consommateurs l’automne dernier? 150 classes d’élèves romands y ont participé! Elles ont imaginé un test de A à Z, sur des objets ou des services aussi hétéroclites que les chewing-gums, les opérateurs téléphoniques, les toilettes publiques, les ananas ou l’efficacité énergétique des matériaux isolants! -
Courir : quel pied!
Emission du mardi 01 mai 2012 Le printemps marque le retour en grâce des courses populaires. Si les beaux jours vous donnent des envies de courir, ABE se propose de vous guider dans vos premiers pas, du magasin à l'entraînement, histoire d'éviter des erreurs douloureuses. Douze paires de chaussures de running de 9 marques différentes ont été mises à rude épreuve. -
Fraise espagnole : la pas belle de Cadix…
Emission du mardi 24 avril 2012 Des fruits cultivés sous des millions de serres en plastique, récoltés par une main-d’œuvre sous-payée puis transportés par camion sur 2000 kilomètres ! La fraise hors saison est une aberration écologique et un désastre social. -
Jus d'orange et pesticides: des agrumes trop bien traités!
Emission du mardi 17 avril 2012 Le jus d'orange se vend sous de nombreuses appellations: pur jus, jus de fruit, concentré, nectars et autres frais pressés. Mais d'où vient-il? Comment le fabrique-t-on? Et prend-on autant de pesticides que de vitamines en le buvant? -
Où vieillir demain? Un vrai choix d'aujourd'hui!
Emission du mardi 03 avril 2012 Nous vivons plus longtemps et en meilleure santé. Où passer ses vieux jours et à quels coûts? Il existe des solutions intermédiaires aux Établissements Médicaux-Sociaux, qui s’adaptent aux besoins et finances de chacun. -
Poubelles: le grand déballage!
Emission du mardi 27 mars 2012 Nous sommes tous producteurs de déchets qui, pour une grande part, peuvent être recyclés ou valorisés. Dans ce domaine-là, la Suisse n’est pas en reste et la taxe au sac poubelle y est sans doute pour quelque chose, même si elle reste controversée. Cantonnée au départ surtout en Suisse alémanique ou dans des régions proches de la frontière des langues, elle se répand maintenant en Suisse romande. ABE a enquêté sur cette taxe, sur ses conséquences et ses particularités communales. -
De la poule heureuse à l'oeuf parfait
Emission du mardi 20 mars 2012 Depuis plus de vingt ans, la Suisse refuse d’élever en batterie ses poules pondeuses par souci de respect des animaux. L’Europe, elle, est à la traîne. Depuis le début de l’année 2012, les Etats membres sont censés proposer une alternative à leurs poules détenues en cages. Mais, face à un coût de production plus élevé, les aviculteurs traînent des pieds. -
Démarchage téléphonique: trop c’est trop!
Emission du mardi 13 mars 2012 Le consommateur suisse est mal protégé contre le démarchage téléphonique. Une technique commerciale qui a le don d’agacer le plus grand nombre. Et certains abus ont poussé des politiciens à réagir. Allons-nous vers une interdiction du démarchage téléphonique ?