Médicaments inutiles: en savoir plus
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Emission du 17 octobre 2007
Les nouvelles molécules mises au point sont souvent
d'un intérêt incertain pour le patient [DR]
Comme
l'explique Philippe Pignarre, ancien cadre dans l'industrie
pharmaceutique : « Si vous inventez un médicament qui est
vraiment utile, qui traite une maladie qu'on ne traitait pas
jusqu'à présent, votre budget communication est réduit à zéro, la
communication se fera toute seule. » L'importance des sommes
consacrées au marketing serait donc la conséquence directe des
difficultés que rencontrent les firmes pharmaceutiques à mettre au
point de réelles innovations thérapeutiques. Dans la réalité, un
médicament n'a pas besoin d'apporter un quelconque progrès pour
obtenir une autorisation de mise sur le marché. Seule condition :
être plus efficace qu'un placebo sans pour autant faire courir trop
de risques aux patients. La conséquence d'un tel système est que la
majorité des "nouveaux" médicaments sont soit des copies de
produits déjà existants, mais présentés différemment, soit des
molécules dont l'intérêt réel pour le patient est loin d'être
certain. Selon la revue Prescrire, l'une des rares publications
spécialisées totalement indépendante de la publicité
pharmaceutique, moins de 20% des nouveautés apparaissant chaque
année sur le marché des médicaments constituent un progrès. Le
reste est uniquement affaire de marketing.
Face à une maladie comme alzheimer, la moindre lueur
d'espoir est vite transformée en succès
commercial [DR]
Vendre des médicaments est d'autant
plus facile que le désespoir des malades et de leurs proches est
grand. Dans des domaines où la médecine est très souvent
impuissante à sauver les patients comme dans de nombreux cancers ou
dans la maladie d'alzheimer, la moindre lueur d'espoir est vite
transformée en succès commercial. En toute bonne foi, associations
de patients et médecins préfèrent souvent défendre des médicaments
inefficaces plutôt que de renoncer à "faire quelque chose". Et tant
pis si ces médicaments coûtent cher aux systèmes de santé ou font
courir aux malades des risques d'effets secondaires.
L'industrie pharmaceutique développe ses campagnes de
sensibilisation à la maladie [DR]
Séduire le médecin,
vendre la maladie
La plus grande part des efforts marketing de l'industrie
pharmaceutique est dirigée vers les médecins. En effet la publicité
pour les médicaments nécessitant une ordonnance médicale est
autorisée auprès des soignants mais pas auprès des patients.
Visites de délégués médicaux, remise d'échantillons, envois
postaux, les praticiens font l'objet d'un véritable matraquage
publicitaire. Mais si les firmes parviennent souvent à convaincre
les docteurs de prescrire leurs produits, encore faut-il que les
malades se rendent à la consultation. De plus en plus, l'industrie
développe donc des campagnes de sensibilisation à la maladie. A
travers des spots d'information, des affiches ou des tests à faire
soi-même sur internet, le moindre aléa de la vie est susceptible de
devenir une bonne raison de se rendre chez le médecin.
Le docteur Knock, vu par Guy Lefranc
(1950) [DR]
La technique n'est pas nouvelle
puisqu'elle a déjà été décrite en 1923.
« Tomber malade : vieille notion qui ne tient plus devant les
données de la science actuelle, la santé n'est qu'un mot qu'il n'y
aurait aucun inconvénient à rayer de notre vocabulaire, pour ma
part je ne connais que des gens plus ou moins atteints de maladies
plus ou moins nombreuses, à évolution plus ou moins rapide. (Knock
ou Le triomphe de la médecine, Jules Romains, 1923) »
La méthode du Dr. Knock semble avoir fait des émules. Du village,
elle s'applique désormais à des pays entiers.
Tout nouveau médicament coûte plus cher que celui qu'il
remplace [DR]
Qu'il soit utile ou pas, tout nouveau
médicament coûte plus cher que celui qu'il remplace. Invoquant ses
frais de recherche, la branche pharmaceutique entraîne les systèmes
de soins dans une spirale de hausse des coûts. La logique qui
consiste à vouloir vendre au prix fort des médicaments dont nous
n'avons pas besoin pourrait bien conduire à la rupture du
financement de notre santé.