L'alcool chez les jeunes : En savoir plus
36,9° vous propose une sélection de ressources pour aller plus loin sur le sujet.
Emission du 28 février 2007
Boire jusqu'à l'ivresse [DR]
A l'hôpital
des enfants de Genève, réservé aux moins de 16 ans, on traite près
d'une intoxication alcoolique aiguë par week-end. 7 fois plus qu'il
y a dix ans.
Même constat dans toute la Suisse où en moyenne trois adolescents
par jour sont admis aux urgences pour intoxication
alcoolique.
Même si les dernières statistiques 2006, publiées en février 2007
par l'Institut Suisse de Prévention de l'Alcoolisme, montrent une
légère diminution de la consommation d'alcool chez les jeunes de 15
ans, un garçon sur trois et une fille sur cinq reconnaissent avoir
déjà bu au moins deux fois jusqu'à l'ivresse.
Les drogues dures sont encore le plus souvent tabou chez les
adolescents. Les alcools forts sont à la mode, en Suisse comme dans
toute l'Europe. Les Anglais et les Américains ont donné un nom à ce
phénomène de société: le «binge drinking». En français, les
spécialistes parlent d'alcool défonce.
Des «quantités phénoménales d'alcool» sont
ingurgitées [DR]
Le docteur Jean-Bernard Daepenn,
responsable du Centre de Traitement en Alcoologie du CHUV à
Lausanne, témoigne de cette évolution de la consommation. Les
jeunes privilégient aujourd'hui les alcools forts: vodka, tequila,
whisky. Ce n'était pas le cas auparavant dans les pays producteurs
de vin comme la Suisse. Sur le modèle des «quantités phénoménales
d'alcool» ingurgitées par les collégiens notamment en Scandinavie
et aux Etats-Unis, de nombreux jeunes en Suisse consomment
plusieurs verres d'alcool fort en un bref laps de temps, à la
recherche d'un effet immédiat. A court terme, ils courent le risque
d'intoxication aiguë, à long terme celui de l'accoutumance qui fera
d'eux des alcooliques.
A Aigle, au service de pédiatrie de l'hôpital du Chablais, le
Docteur Denis Paccaud est parmi les premiers à déceler, en 2003,
les effets les plus néfastes de l'alcool défonce. Il alerte la
Société Suisse de Pédiatrie. En un an, 8 jeunes de moins de 16 ans
ont été admis aux urgences pour intoxication alcoolique, un taux
élevé pour un bassin de population qui ne dépasse pas 70 000
personnes. Depuis, le nombre de ce type d'admissions à Aigle n'a
pas fléchi. Un «sommet de l'iceberg» qui, pour le Docteur Paccaud,
dénote un recours fréquent des plus jeunes à l'alcool défonce. Il
attribue l'amplification du phénomène au stress croissant ressenti
par les jeunes face aux situations d'échecs dans les filières de
formation. Les plus fragiles psychiquement sont les plus
exposés.
Les cuites s'enchaînent [DR]
Même constat
à Genève. A l'hôpital des enfants, la doctoresse Marianne Caflish
assure le suivi thérapeutique des adolescents et adolescentes
victimes d'intoxications alcoolique. Les parents «tombent des nues»
lorsqu'ils apprennent que leur enfant est hospitalisé, parfois en
coma éthylique. Marianne Caflish prend garde de ne pas culpabiliser
les parents, mais constate que les premiers verres sont souvent bus
en famille. En général, les parents parviennent à interdire les
drogues dures et le cannabis. Ils sont plus flous quant à la
consommation d'alcool, largement consensuel dans notre société. Les
jeunes interprètent ce flou à leur manière. Rares sont ceux qui
considèrent l'alcool comme une drogue. La cuite est juste un moyen
de «se lâcher», de mieux se sentir intégré au groupe et de faire la
fête. «Sans alcool, la fête n'est pas folle».
Pour les plus fragiles, les cuites s'enchaînent à intervalles de
plus en plus courts. Avec un danger de rapports sexuels non
protégés et parfois, pour les filles, non désirés.
William Heinzer et Jean-Alain Cornioley ont recueilli les témoignages de Jean-Paul et Aurélie (prénoms d'emprunt). Tous deux ont subi plusieurs hospitalisations. Tous deux racontent leur «descente aux enfers». Perte de travail et tentative de suicide pour Jean-Paul, scolarité compromise pour Aurélie. Avec leurs mots, ils disent ce que martèlent les médecins confrontés au phénomène : «l'alcool est une drogue, légale mais pas moins dangereuse que les autres».