Emission du 29 novembre 2006

Jeux d'argent: les accros du hasard

Accro au jeu, comme on l'est à l'alcool ou à la cigarette, une maladie qui toucherait entre 40 et 50'000 personnes en Suisse. Quels en sont les symptômes? Qui est à risque? Que pèsent les vies brisées face aux 2,5 milliards de francs que les joueurs laissent chaque année dans les loteries et les casinos?

La banque gagne !

Peut-on gagner sa vie avec une machine à sous
? [DR] Peut-on gagner sa vie avec une machine à sous ? [DR] On peut être joueur professionnel de poker ou de PMU, en revanche, nul ne peut prétendre gagner sa vie avec une machine à sous, une table de roulette ou un ticket de Tribolo. La raison en est simple : même si chacun peut espérer décrocher le jack pot, les jeux de hasard sont conçus pour qu'en définitive, les joueurs finissent par perdre.



Mais cette réalité mathématique résiste mal à l'excitation du jeu, quitte à miser jusqu'à y perdre sa chemise. C'est alors que la morale s'en mêle. Jouer devient un vice, une honte et un malheur pour les proches. Pourtant, on commence à comprendre que tout perdre au jeu n'est justement pas une question de morale, mais de maladie. On peut être accro au jeu, comme on l'est à l'alcool ou à la cigarette.

Accro au hasard

Les joueurs finissent par perdre [DR] Les joueurs finissent par perdre [DR] Quand ils ne jouent pas, les accros du jeu ressemblent à tout le monde. Aucun signe extérieur ne trahit la maladie. Pourtant, on estime qu'en Suisse, au moins 50'000 personnes en souffriraient.



Pour les spécialistes des addictions, le jeu n'aurait rien à envier à l'alcool ou à la cocaïne en matière de dépendance. De fait, pour de nombreuses personnes, jouer sur une machine à sous stimulerait les mêmes mécanismes cérébraux que la prise d'une drogue. Le cerveau serait en quelque sorte reprogrammé pour que jouer deviennent aussi vital que manger ou dormir.



Mais contrairement à d'autres addictions, le jeu pathologique est encore assimilé à un vice. Par conséquent, moins de 2% des joueurs demandent l'aide d'un centre spécialisé. Le plus souvent, plutôt qu'à un thérapeute, le joueur a affaire aux services de désendettement ou à la prison. Après des années de jeu et de pertes d'argent, rares sont les joueurs qui échappent à la dépression, voire aux pensées suicidaires.

Une maladie qui rapporte

Explosion du marché des jeux [DR] Explosion du marché des jeux [DR] Plus de 2 milliards de francs ! C'est la somme que les Suisses ont perdu l'année dernière aux jeux d'argent. Ouverture des casinos, nouveaux jeux de loterie, depuis 10 ans on assiste à une véritable explosion du marché.



Cette frénésie de jeu fait plus d'un heureux. L'année dernière, les casinos suisses ont versé près de 400 millions de francs sur le compte de l'AVS. Quant à la Loterie romande, son soutien s'élève à 395 mille francs par jour. Dans les domaines de la culture ou de l'aide sociale, on voit désormais mal comment des cantons, confrontés à de graves difficultés financières, pourraient se passer de cette manne.



Par conséquent, la Confédération et les cantons se trouvent dans la position d'être à la fois les régulateurs du jeu et les premiers bénéficiaires. Difficile dans ces conditions de prendre des mesures réellement efficaces pour lutter contre le jeu pathologique.



Un reportage de Mario Fossati et Eric Bellot.

  • 36.9° primée