Emission du 15 avril 2009

Vous reprendrez bien un ver

Les vers parasites intestinaux pourraient-ils se montrer utiles dans le traitement de certaines maladies auto-immunes du tube digestif? Un reportage signé Isabelle Moncada et Jean-Dominique de Weck.

Parasites thérapeutiques

Les puces de canard, des parasites qui se trompent
d'hôte [DR] Les puces de canard, des parasites qui se trompent d'hôte [DR] Les oxyures ont une habitude passablement désagréable: les femelles descendent l'intestin jusqu'à l'anus, elles sortent pour pondre sur le pourtour de l'anus mais restent fixées par leur garniture buccale sur le pourtour du rectum de telle sorte que ça démange horriblement. C'est comme cela que l'on détecte en premier lieu l'oxyure. Aujourd'hui, c'est encore possible d'attraper des parasites, comme des oxyures, des ascaris, des trichocéphales.



Le parasitisme parfait consiste à ne pas nuire à l'organisme occupé pour pouvoir accomplir son cycle de reproduction en toute tranquillité. Mais parfois le parasite se trompe d'hôte. Les puces de canard sont des larves qui ne sont pas adaptées à l'humain, donc elles vont mourir sur place et provoquer une réaction inflammatoire avec beaucoup de démangeaisons. On n'aime pas les parasites, mais il faut se faire à l'idée que nous portons sur nous et en nous tout un écosystème. 40% de notre génome provient de virus qui nous ont colonisés et que nous avons intégrés. Sans cet écosystème, nous ne pourrions pas survivre et l'humain n'existerait tout simplement pas sous sa forme actuelle.

Une trop faible exposition aux agents infectieux ne permettrait pas un bon développement du système immunitaire dans l'enfance. Cela expliquerait que les populations riches, propres et urbaines souffrent plus souvent de maladies inflammatoires chroniques intestinales. Chez les personnes génétiquement prédisposées, la réponse immunitaire va se diriger à tort contre la flore intestinale. La maladie de Crohn par exemple peut toucher le système digestif de la bouche jusqu'à l'anus.



Ce sont des scientifiques américains qui ont eu l'idée de se servir de vers comme leurre pour distraire le système immunitaire et casser le cercle vicieux de l'inflammation. C'est le trichuris suis qui a été choisi. C'est un ver de la famille des helminthes et son hôte habituel c'est le cochon. Il est suffisamment adapté à l'homme pour être capable de survivre dans son tube digestif, sans s'installer durablement, mais il a le temps d'induire la réaction voulue, c'est-à-dire de freiner l'inflammation, ça c'est la théorie. Les essais cliniques américains qui rapportent de bons résultats ne portent cependant que sur un tout petit groupe de patients. Outre les espoirs, il reste à savoir si réintroduire des vers dans l'organisme peut réellement conduire à une diminution des maladies dans nos pays aseptisés sans en provoquer d'autres.

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