En savoir plus: mâles en péril
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Emission du 18 mars 2009
104'000 substances synthétiques se retrouvent dans
notre environnement [DR]
Certains pensent être en
meilleur état que l'environnement dans lequel ils vivent. Tout
indique qu'ils ont tort. Avez-vous déjà essayé de faire
l'inventaire des substances chimiques avec lesquelles vous êtes en
contact durant une journée? Que ce soient les cosmétiques, les
vêtements, les emballages des aliments, les résidus de pesticides
qu'ils contiennent, ou encore les particules volatiles que nous
sommes obligés de respirer, tout ce qui fait notre quotidien nous
expose aux substances synthétiques créées par l'homme. Au total on
en récence 104'000. 104'000 substances synthétiques dont nous
ignorons totalement les effets à long terme sur l'environnement et
la santé. Or, malgré les propos rassurants des industriels, un
nombre croissant de scientifiques s'en inquiètent.
L'étude des alligators, une première étape dans la
compréhension de la chute de la fertilité [DR]
Ils
sont chercheurs et viennent de disciplines diverses. Tous sont
tombés un jour sur le même résultat stupéfiant: le système hormonal
des êtres vivants serait piégé par des molécules chimiques. La
première alerte est venue du Danemark dans les années 90. Des
chercheurs, confrontés à une augmentation du nombre de cancer des
testicules, ont comparé 60 études publiées dans le monde sur la
qualité des spermatozoïdes. Le résultat déclencha une vaste
polémique scientifique: en 50 ans, le nombre de spermatozoïdes dans
la population masculine avait baissé de 50%. Depuis, ces études ont
été confirmées dans d'autres pays et à l'origine de nombreux
travaux visant à comprendre les raisons de cette diminution
dramatique.
Un début de réponse a été trouvé en Floride, parmi les alligators du lac Apopka. Des biologistes tentaient de trouver une explication à la baisse de la fertilité constatée chez les sauriens. En étudiant les cellules des organes génitaux chez les jeunes mâles, les chercheurs ont constaté des malformations identiques à celles provoquées habituellement par l'administration accidentelle d'hormones féminines durant la grossesse. L'eau du lac Apopka ne contenait aucune hormone féminine mais une ancienne pollution y avait laissé des traces importantes de pesticides. Certaines substances chimiques fabriquées par l'homme peuvent agir comme des passes et actionner nos serrures. C'est ce qu'on a appelé des perturbateurs endocriniens. Les alligators du lac Apopka en sont les premières victimes recensées.
Les pesticides ont été parmi les premiers perturbateurs
endocriniens identifiés. Depuis, la liste s'est
allongée. [DR]
Durant des années, les résidus de
pesticides ont été la cible principale des recherches sur les
perturbateurs endocriniens. Des études menées aux Etats-Unis ont
ainsi montré que les jeunes hommes issus du milieu rural avaient
une qualité spermatique moindre que celle des jeunes hommes ayant
grandi dans de grandes villes, polluées certes, mais moins exposées
aux épandages de pesticides.
Progressivement, d'autres substances sont venues agrandir la liste
des perturbateurs endocriniens: les bisphénols, présents dans de
nombreux récipients en plastique et notamment les biberons, les
phtalates, employés pour assouplir les plastiques et fixer les
parfums, ou encore les perturbateurs de flamme bromés, des
substances anti-incendie fréquemment incorporées dans les meubles
et les matelas.
Il est impossible, dans notre mode de vie, d'échapper aux
perturbateurs endocriniens. Les analyses effectuées, notamment chez
les femmes enceintes, montrent que l'on retrouve ces substances
jusque dans nos organismes.
Les doses mesurées sont extrêmement faibles, mais on commence à
comprendre qu'en matière de perturbateurs endocriniens, ce n'est
pas la dose qui fait le poison, mais les âges de la vie et la durée
de l'exposition d'un individu. Une même dose n'aura pas le même
effet sur un foetus ou sur un adulte. Il n'y a pas de seuil en
dessous duquel on pourrait affirmer qu'un polluant est sans
danger.
Le Canada a interdit l'utilisation du bisphénol A dans
la fabrication des biberons [DR]
Ça et là, des
mesures de précaution sont mises en place. Certains pays, comme le
Danemark, ont édicté des recommandations à l'adresse des femmes
enceintes, d'autres comme le Canada, viennent d'interdire l'emploi
du bisphénol A dans la fabrication des biberons. Mais les vraies
solutions ne peuvent être que globales, à l'échelle de la planète.
Les effets des substances chimiques sur les organismes doivent être
évalués, leur dispersion dans l'environnement contrôlée. La tâche
est gigantesque et, on s'en doute, du côté des industriels, les
résistances sont nombreuses.
Le Parlement européen a ordonné le recensement de
30'000 substances chimiques [DR]
A l'issue d'âpres
négociations, le parlement européen a adopté en décembre 2006 une
nouvelle réglementation concernant les produits chimiques: la
directive REACH.
En 11 ans, 30'000 substances parmi lesquelles figurent les
perturbateurs endocriniens devront être enregistrées. La directive
impose désormais aux industriels, et non plus aux autorités
publiques, de prouver l'innocuité de leurs produits. Avec cette
contrainte unique au monde, REACH constitue un tournant majeur dans
la réglementation des produits chimiques. Reste à savoir comment
elle sera appliquée. Grâce à un lobbying intense, l'industrie
chimique a remporté quelques victoires: elle pourra toujours
obtenir l'autorisation d'utiliser des produits chimiques dangereux
si elle prouve qu'elle maîtrise les risques.
De plus en plus de scientifiques travaillent sur les effets de ces
substances, et les preuves qu'ils accumulent contraignent les états
à prendre des mesures. Dans les pays scandinaves, l'interdiction de
certains retardateurs de flammes en 1995 fait qu'aujourd'hui les
taux mesurés dans le lait maternel diminuent chaque année. Même si
le constat est sombre, les moyens d'action existent.