Emission du 17 septembre 2008

Alcool : quel est le verre de trop ?

Quelle quantité d'alcool faut-il consommer pour passer du normal au pathologique ? Où commence l'addiction ? L'abstinence est-elle la seule voie possible pour sortir de l'alcoolisme ?

Boire trop, c'est combien ?

En Suisse, chaque habitant de plus de 15 ans consomme
en moyenne l'équivalent de 126 bouteilles de vin par
année. [DR] En Suisse, chaque habitant de plus de 15 ans consomme en moyenne l'équivalent de 126 bouteilles de vin par année. [DR] En Suisse, chaque habitant de plus de 15 ans consomme en moyenne l'équivalent de 126 bouteilles de vin ou de 833 canettes de bière par année. Mais on s'en doute, certains boivent beaucoup plus que d'autres. A eux seuls, 11% des buveurs ingurgitent la moitié de tout l'alcool consommé dans le pays.



Dans le détail, on estime que 20% de la population est abstinent et que 60% a une consommation modérée. En d'autres termes, du point de vue de la santé publique, 8 buveurs sur 10 ne présentent aucun problème d'alcool. Les autres, soit un adulte sur 5, sont considérés comme des consommateurs excessifs.

On estime que 300'000 Suisses sont dépendants de
l'alcool. [DR] On estime que 300'000 Suisses sont dépendants de l'alcool. [DR] Concrètement, au-delà de 3 décilitres de vin (ou 3 bières) par jour pour un homme, et 2 pour une femme, boire devient mauvais pour la santé, notamment en termes de maladies cardio-vasculaires.



Dans une société où l'alcool fait partie des habitudes culturelles, la limite est donc vite franchie. La plupart des consommateurs excessifs seraient d'ailleurs surpris d'apprendre que la majorité des gens boivent moins qu'eux. Normal, en général, les gens avec lesquels nous partageons un verre se comportent comme nous. Le miroir est trompeur.

Boire trop c'est comment ?

La relation entretenue avec l'alcool est plus
importante que la quantité ingérée. [DR] La relation entretenue avec l'alcool est plus importante que la quantité ingérée. [DR] Si tous les alcooliques sont des buveurs excessifs, le contraire n'est heureusement pas vrai. Ce qui importe, c'est moins la quantité bue chaque jour, que la relation que l'on entretient avec l'alcool. Comme le résume Pascal Gache, médecin à l'unité d'alcoologie de l'Hôpital universitaire de Genève : "L'alcoolique, c'est celui qui a perdu sa liberté de s'arrêter de boire. Ce n´est pas nécessaire de boire tous les jours, ni de boire dès le matin pour être dépendant de l'alcool. Beaucoup d'alcooliques dépendants font des périodes où ils boivent trop, où ça va mal, et puis comme ils perçoivent que ça va mal, ils arrêtent, puis ils reprennent, c'est souvent comme ça. Souvent les patients me disent : je ne suis pas alcoolique, parce que je peux m'arrêter de boire. C'est presque le signe. S´ils ont décidé d'arrêter de boire entre les moments où ils boivent, c'est qu'ils se rendent compte qu'ils ne peuvent pas contrôler."

Les neurologues n'ont pas encore percé à jour tous les mécanismes de l'addiction. On sait cependant que, comme de nombreuses drogues, l'alcool agit sur le circuit de la dopamine, un neurotransmetteur jouant un rôle essentiel dans les processus d'apprentissage et de mémorisation. Comme si les drogues avaient la capacité d'apprendre au cerveau à avoir besoin d'elles pour vivre.



Au sein du cerveau s'organise alors un certain nombre de schémas neurologiques qui vont faire que, face à certaines situations, le cerveau va automatiquement appeler de l'alcool. Il va dire à la personne : donne-moi à boire !

Abstinence et contrôle

L'abstinence n'est pas la seule voie pour sortir de
l'alcoolisme. [DR] L'abstinence n'est pas la seule voie pour sortir de l'alcoolisme. [DR] On a longtemps pensé que la seule réponse à la dépendance à l'alcool était l'abstinence à vie. Or des chercheurs ont démontré que ce n'était pas toujours vrai. Des années après un traitement pour alcoolisme, de nombreux patients avaient repris une consommation modérée, sans rencontrer de problèmes particuliers.



A l'évidence, plus l'addiction est forte, plus le contrôle sera difficile à maintenir. Parmi les alcooliques dépendants, nombreux sont ceux pour qui l'abstinence est la seule issue possible. Mais le taux de réussite est bas. Les méthodes basées sur une abstinence totale ne réussissent qu'une fois sur trois en moyenne, soit la même proportion que chez les alcooliques qui trouvent les moyens de s'en sortir sans aide médicale.



Comme la perspective de devoir renoncer définitivement à la bouteille fait fuir les patients et retarde la prise en charge, les centres d'alcoologie de Suisse romande proposent désormais des approches alternatives visant à un contrôle de la consommation plutôt qu'à l'abstinence. Parmi ces approches, le programme "Alcochoix" s'adresse aux personnes qui ont le sentiment de boire trop, sans être encore très dépendantes.



Cette nouvelle méthode a été développée au Québec. Composée de six étapes, la méthode permet d'évaluer son rapport à l'alcool et d'apprendre à mieux gérer sa consommation. Une manière pour chacun de comprendre, avant qu'il ne soit trop tard, quel est le verre de trop.

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