Air des piscines: en savoir plus
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Emission du 14 mai 2008
Le chlore des piscines pourrait être partiellement
responsable de la dégradation de la santé respiratoire des
enfants. [DR]
La santé respiratoire des enfants s'est
dégradée au cours de ces trente dernières années avec une très
forte augmentation des cas d'asthme, de rhinites et de rhume des
foins. Ce phénomène pourrait être, en partie du moins, dû à la
fréquentation des piscines. Différents travaux scientifiques
estiment que le chlore pourrait avoir des effets néfastes sur les
poumons. Ce risque serait particulièrement important chez des
enfants qui ont un terrain familial allergique. Le chlore qui est
injecté dans l'eau entre en contact avec des matières organiques
humaines, comme l'urine, la sueur, la salive ou des cellules de
peau. Cela génère des sous-produits qui deviennent de puissants
oxydants. Ces substances, lorsqu'elles s'échappent dans l'eau et
dans l'air, peuvent endommager les barrières pulmonaires. Elles les
rendent plus perméables à l'entrée des aéro-allergènes.
Le danger est d'autant plus important que le bassin est très
fréquenté, que sa température est élevée et que la ventilation est
peu performante. Il est aussi proportionnel au manque d'hygiène des
baigneurs. Il est impératif que ces derniers se douchent avant
d'entrer dans les bassins.
Le danger est proportionnel aux heures passées dans
l'eau. [DR]
Ce sont les enfants dont les parents ont
souffert d'allergie qui sont le plus à risque. Comme le danger est
proportionnel aux heures passées dans l'eau, on comprendra aisément
que les nageurs de compétition souffrent très souvent d'asthme, de
rhinite ou de rhume des foins. Des études scientifique affirment
qu'entre 40 et 80 pour cent des nageurs d'élite sont touchés. Ces
pathologies disparaissent lors de l'arrêt de ce sport.
Les nourrissons qui suivent des cours de bébés nageurs subissent
d'autant plus les effets pervers des chloramines que leur système
respiratoire est encore peu développé et qu'ils ingurgitent
beaucoup d'eau. Les parents doivent être informés des risques et ne
pas prolonger les séances de piscines.
Le toxicologue Alfred Bernard estime que la natation dans les
bassins publics extérieurs n'est pas sans danger. Malgré une
ventilation naturelle, les chloramines flottent dix centimètres
au-dessus de la surface de l'eau, la zone dans laquelle les nageurs
respirent.
Des mesures sont en cours dans certains cantons pour
établir le niveau de chlore des piscines [DR]
La
Suisse, comme la plupart des autres pays européens, ne s'est jamais
préoccupée de la qualité de l'air de ses piscines. Elle a édicté
des normes pour la salubrité de l'eau avec des règles sur les
quantités de chlore admises, mais n'a aucune réglementation pour
l'air.
En France, l'institut national de recherche et de sécurité propose
de ne pas dépasser une concentration de 0,5 milligramme par m3 de
trichloramine dans l'air. Pour le professeur Bernard, les dangers
commencent à partir de 0,3 milligrammes par m3.
Pour la première fois, des mesures sont en train d'être faites
dans les piscines couvertes des cantons du Jura, de Neuchâtel et de
Fribourg. Même si les premiers résultats ne sont pas alarmants (les
valeurs moyennes mesurées se situent entre 0,3 et 0,6mg par m3),
ils ont révélé que les quantités de trichloramine dans l'air
pouvaient représenter un danger pour les travailleurs et les
baigneurs. Les autorités réfléchissent s'il y a lieu de prendre des
mesures et si oui lesquelles. Une réflexion est en cours à l'Office
fédéral de la santé publique.
Une bonne hygiène des baigneurs permettrait de réduire
les problèmes liés au chlore. [DR]
Il est
relativement difficile de renoncer au chlore pour désinfecter les
piscines, car les alternatives ne sont pas très nombreuses. Le
chlore est efficace, bon marché et utilisé de très longue
date.
Des réacteurs ultraviolets sont actuellement testés dans des
installations pilotes. Utilisés en complément du chlore, les UV
améliorent la désinfection et coupent la formation des
chloramines.
Ce système permet d'économiser de l'eau, car il y a moins besoin
de la renouveler. Une solution intéressante de prime abord.
Toutefois, les UV semblent générer la formation de chloroforme, une
substance cancérigène. Des études devront confirmer ou infirmer
l'existence de ces dangers.
D'autres systèmes recourant à l'électrolyse semblent prometteurs.
En Suisse, une entreprise neuchâteloise a développé un concept
fonctionnant avec des plaques de diamant synthétique. Le système
génère ses propres désinfectants, dont une faible quantité de
chlore. Mais là aussi, des analyses complètes doivent être
effectuées pour s'assurer de l'innocuité du système.
La Belgique a fait de très bonnes expériences avec une
désinfection faite avec des plaques de cuivre et d'argent. La
piscine de Louvain-la-Neuve utilise ce procédé depuis plus de
trente ans, et, malgré une qualité bactériologique de l'eau un peu
moins bonne que si elle était traitée au chlore, l'absence totale
d'émission de chloramines élimine tout danger pour la santé
respiratoire des baigneurs. Ce système n'a pas été expérimenté en
Suisse.
La natation étant un sport particulièrement intéressant et complet, il n'y a pas lieu d'y renoncer. Le danger peut être abaissé si les baigneurs se douchent et ont une bonne hygiène corporelle en entrant dans le bassin. Mieux vaut privilégier les bassins extérieurs ou les piscines qui ne sentent que très peu le chlore.