Emission du 12 mars 2008
Les médecins sont se plus en plus confrontés au syndrôme du bâtiment malsain [DR]
Les médecins sont se plus en plus confrontés au syndrôme du bâtiment malsain [DR]
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Le syndrome du bâtiment malsain

Démangeaisons, toux, modifications sensorielles, étourdissement... la liste des symptômes du syndrome des bâtiments malsains (SBM) est longue et les médecins sont de plus en plus confrontés à ce problème de santé environnementale. Isabelle Moncada et Venturra Samarra ont mené l'enquête en Suisse et en France.

Le syndrome du bâtiment malsain

On estime qu'il y a un syndrôme si 25 à 30% du
personnel est touché [DR] On estime qu'il y a un syndrôme si 25 à 30% du personnel est touché [DR] L'amiante, les radiations, les produits chimiques, la fumée passive provoquent des cancers et tuent. Un autre phénomène touche les travailleurs de certaines entreprises. Il ne tue pas, il est considéré comme banal sur le plan médical, mais il empoisonne la vie de très nombreux salariés. Et aussi celle des employeurs car il cause absentéisme et baisse de productivité. Ce phénomène porte un nom : le syndrome du bâtiment malsain, ou sick building syndrome en anglais. Les entreprise qui rencontrent ce problème n'aiment pas en parler, ou n'osent pas, comme si c'était honteux. Ce qui explique sans doute le manque d'information du public sur le syndrome du bâtiment malsain. Il est pourtant reconnu et décrit depuis les années 70. L'OMS estime que 30% des bâtiments neufs ou rénovés sont malsains. Il existe même des équipes spécialisées dans le diagnostic et les conseils dans ce type de cas. Des experts pour qui la scène du crime est généralement un banal bureau. 36,9° a pu suivre le travail d'une équipe de l'Institut universitaire romand de Santé au Travail (l'IST). Un médecin, une biologiste et un chimiste formé à l'hygiène au travail vont mener l'enquête à la demande des entreprises touchées. On estime qu'il y a un problème si 25 à 30% du personnel au moins présente des problèmes de type irritatif.

Le syndrome du bâtiment malsain, c'est un diagnostic par exclusion. Une fois écartée l'intoxication aiguë, il faut affiner les mesures, tester la qualité de l'air. Un questionnaire à tous les employés, ceux qui se plaignent de symptômes et ceux qui n'en n'ont pas, ainsi que des entretiens individualisés et un examen clinique des plus touchés va permettre de mieux comprendre ce qui se passe. Le problème le plus fréquemment évoqué est le déficit de renouvellement de l'air. L'idéal pour les poumons humains, c'est l'air marin, tiède et humide. Dans les bureaux, il est souvent trop sec. Il fait trop chaud ou au contraire trop froid. Même le plus performant des systèmes de ventilation ne parvient jamais à faire aussi bien que l'atmosphère extérieure. Il vaut mieux pouvoir aérer des locaux, même dans une ville polluée, que de devoir respirer de l'air conditionné. D'ailleurs, quand les taux de particules fines sont trop élevés, leur concentration se retrouve dans les bâtiments car les filtres ne sont pas assez fins pour les retenir.

Les bâtiments modernes

Les bâtiments modernes ne sont, de loin, pas
épargnés [DR] Les bâtiments modernes ne sont, de loin, pas épargnés [DR] En ce sens les bâtiments modernes dont les fenêtres ne s'ouvrent pas peuvent être, paradoxalement, plus malsains que de vieux bâtiments que l'on peut aérer. On y trouve aussi beaucoup de matériaux synthétiques qui dégagent des composés organiques volatils, du formaldéhyde etc. Même si les doses sont faibles, cela peu causer des maux de tête et des irritations quand on y est exposé 8 ou 10 heures par jour.

Un autre motif de malaise des salariés, ce sont les bureaux paysagers, ces grands espaces collectifs, appelé aussi open space. Les gens sont confrontés à des bruits incessants, le fait d'être plusieurs personnes dans un même espace, l'air est trop chargé en CO2. Il arrive aussi que les prélèvements effectués et analysés ensuite en laboratoire par les biologistes révèlent la présence anormale de micro-organismes qui n'ont rien à faire dans un bureau comme des acariens en trop grande quantité ou des champignons et des moisissures.

Un management déficient est souvent présent dans le syndrome des bâtiments malsain, ainsi que des facteurs psychosociaux, le manque d'autonomie, la surcharge de travail, la pression.

L'institut de santé au travail va proposer des améliorations et des aménagements à l'employeur. Son travail c'est aussi de rassurer et informer les employés. Ce travail de dialogue avec les salariés va être crucial pour résoudre une crise, c'est un des points les plus importants de la démarche.

A la décharge des architectes, ils doivent parfois concevoir les lieux sans savoir à quoi ils seront affectés ni où seront placés les travailleurs. Conséquence : des gens qui travaillent avec des courants d'air glacé sous les pieds ou dans un air vicié pendant des années. L'institut de santé au travail va alors conseiller des changements, le remplacement de certains équipements. Des aménagements parfois coûteux pour l'entreprise.

Les symptômes médicalement inexpliqués

L'anxiété dûe à des syndrômes inexpliqués peut conduire
à l'isolement et à des troubles psychiatriques
graves [DR] L'anxiété dûe à des syndrômes inexpliqués peut conduire à l'isolement et à des troubles psychiatriques graves [DR] L'environnement moderne rend-il certaines personnes vraiment hypersensibles à des doses infimes de produits chimiques ? Ou est-ce que c'est la conscience aiguë de la pollution, la peur de l'intoxication qui fini par provoquer des symptômes chez certains d'entre nous? A côté du syndrome des bâtiments malsains il y a des gens qui se plaignent de maux dont on ne trouve pas la cause. Selon les pays et les estimations, entre 3 et 5% de la population souffrirait de ce que l'on appelle des maladies environnementales idiopathiques, parce qu'on ne sait pas ce qui les provoque. On connaît les méfaits des particules fines, des hydrocarbures, les composés organiques volatils, même à faible dose. On a identifié les effets biologiques des pesticides, même à des doses très inférieures au seuil de toxicité. Mais là il s'agit d'autre chose, quelque chose de distinct, d'inconnu et d'inexpliqué. On a regroupé ces affections sous le terme de : sensibilité chimique multiple. Les personnes qui souffrent de sensibilité chimique multiple ne sont pas prises au sérieux. Leur vie est un enfer, elles ne trouvent, souvent, pas d'aide et refusent la prise en charge médicale classique. Alors elles se regroupent en association et tentent de trouver des explications et des remèdes par leurs propres moyens.

Depuis quelques années il y également des personnes qui souffrent d'électro-sensibilité. Elles ne supportent aucune onde électro-magnétique, le wi-fi et les antennes de téléphonie portable les rendent malades. Certaines ont même les deux problèmes : elles sont éléctro et chimico sensibles à des doses indétectables de polluants ou d'ondes.

Les personnes chimico et électro-sensibles n'ont pas d'autre solution que de se mettre à l'abri de ce qui provoque leurs malaises. Dès qu'ils sont dans la nature, ils vont beaucoup mieux. Mais tous n'ont pas cette possibilité. Régulièrement les médias rendent comptent de la souffrance de ces personnes. Pour se protéger des ondes électromagnétiques certains se fabriquent des cages de Faraday autour de leur lit au moyen de voiles métalliques ou en calfeutrant leur domicile entier. Parfois ces peurs environnementales conduisent à des états extrêmes. On ne meurt pas de sensibilité chimique multiple, généralement les symptômes s'amenuisent plutôt avec le temps. Mais parfois l'anxiété devient telle qu'elle débouche sur un isolement et des troubles psychiatriques graves.

L'effet nosebo

Cette souffrance ne naît pas par hasard, elle s'inscrit dans un contexte : celui d'un environnement qui n'est pas sain, celui des mensonges et des cachotteries à propos de la pollution. Souvenez-vous de l'affaire des canettes de coca-cola en Belgique il y a 8 ans. Elle s'est produite peu après le scandale des poulets à la dioxine. Les élèves d'une école se sont plaints de nausées, de vomissements, de douleurs abdominales, de maux de tête et de vertiges qu'ils ont attribués à cette boisson. 15 millions de caisses de coca ont été retirées du marché. Mais on n'a jamais pu démontrer la moindre intoxication, l'affaire s'est dégonflée aussi vite qu'elle avait flambé. Or on connaît le pouvoir de la pensée, son effet positif dans la guérison, c'est le mystère de l'effet placebo. On connaît moins l'inverse, l'effet nosebo, un effet négatif sur le corps tout aussi mystérieux. La peur produit parfois des symptômes étonnants comme dans la chorale de Pamproux, un joli village niché dans la campagne française près de Poitiers.

Il y a deux ans, après que deux jeunes filles aient eu un malaise, les secours ont été alertés. L'arrivée d'une quinzaine de véhicules de pompier et d'ambulance a déclanché un phénomène de groupe. L'intervention musclée des secours ainsi que la pose de capteurs pour vérifier une possible intoxication au gaz d'échappement a provoqué une véritable épidémie de malaises. Sur les 160 élèves et enseignants réunis, 100 ont déclaré des symptômes et 26 ont dû être hospitalisés. Mais il n'y a rien eu.

L'institut national de veille sanitaire a mené une très grosse enquête sur ce cas. Des mesures ont été effectuées dans des conditions identiques avec des cars comme ceux qui déposaient les écoliers, elles étaient négatives. Les tests sanguins effectués sur les enfants étaient négatifs également. Les choristes n'ont pas été intoxiqués. Le rapport des experts a conclu à un très bel exemple de syndrome psychogène.

Depuis Freud et Charcot nous avons dû nous faire à l'idée que nous ne sommes pas seuls maîtres à bord, nous avons dû admettre le pouvoir de l'inconscient. On n'aime se dire qu'on a été victimes d'un syndrome psychogène, parce que c'est une manière politiquement correcte de parler d'hystérie collective. C'est très vexant de voir surgir l'irrationnel et l'inexpliqué dans le quotidien, et difficile d'admettre qu'il n'y a pas toujours une explication.

  • 36.9° primée