Emission du 13 février 2008

Cancer de la prostate : les controverses du dépistage

Un homme sur deux sera victime d'un cancer de la prostate au cours de sa vie. Proposer un dépistage à tous les quinquagénaires ? Oncologues et urologues sont divisés.

Cancer de la prostate : la controverse du dépistage

Faut-il dépister tous les hommes de plus de 50 ans? La
question divise. [DR] Faut-il dépister tous les hommes de plus de 50 ans? La question divise. [DR] Un homme sur deux risque d'être victime d'un cancer de la prostate au cours de sa vie. Faut-il dès lors proposer un dépistage à tous les quinquagénaires ? Non affirment les oncologues et les épidémiologistes. Le dépistage n'abaisse pas la mortalité et les inconvénients des traitements dépassent les bénéfices. Les urologues sont d'un avis diamétralement opposé . Comment s'y retrouver dans cette controverse médicale ? Y a t il des traitements moins mutilants que d'autres ? Un reportage de Françoise Ducret et Jean-Alain Cornioley.

L'option chirurgicale

La prostatectomie est la solution la plus souvent
proposée en cas de cancer de la prostate [DR] La prostatectomie est la solution la plus souvent proposée en cas de cancer de la prostate [DR] En cas de cancer de la prostate plusieurs options thérapeutiques existent. Elles dépendent du stade de la tumeur de l'âge du patient et de son espérance de vie. Si le cancer est resté confiné à l'intérieur de l'enveloppe de la prostate, la solution chirurgicale est la plus souvent proposée. Elle consiste en une prostatectomie radicale (on enlève la prostate ) pour empêcher toute dissémination des cellules cancéreuses à travers l'organisme. Cette opération peut se faire par voie ouverte, (chirurgie classique) par laparoscopie ( chirurgie minimalement invasive) ou depuis peu par laparoscopie robotisée. Une banque de données européenne a été constituée et on devrait savoir d'ici une année ou deux si les équipes qui travaillent avec un robot obtiennent de meilleurs résultats.



L'ablation de la prostate est un geste difficile et il arrive souvent que le sphincter ou les bandelettes érectiles soient touchées, avec à la clé des risques d'impuissance et d'incontinence pour le patient.

Les autres thérapies

La radiothérapie, une autre option [DR] La radiothérapie, une autre option [DR] Si la tumeur est petite ou que le patient est âgé (espérance de vie de moins de 10 ans) l'une des options est de ne rien faire. Les médecins surveillent activement l'évolution de la maladie et n'interviennent que si le cancer devient plus agressif . Le patient a l'avantage de pouvoir garder sa prostate et ne risque dès lors pas de souffrir des effets secondaires post-opératoires.



La radiothérapie est une autre option. Elle peut être proposée à titre curatif ou être un complément à la chirurgie si le cancer est sorti de la capsule prostatique. Les effets secondaires immédiats peuvent se produire au niveau de la vessie et du rectum et être accompagnés de diarrhées. Sur le long terme, il peut également y avoir des problèmes d'impuissance . Depuis peu , la tomothérapie est proposée à des patients dont le cancer nécessite une irradiation très spécifique.

Les causes

Certains chercheurs estiment que les toxiques qui
envahissent notre quotidien pourraient être à l'origine de
l'augmentation des cancers de la prostate. [DR] Certains chercheurs estiment que les toxiques qui envahissent notre quotidien pourraient être à l'origine de l'augmentation des cancers de la prostate. [DR] Le nombre de personnes victimes d'un cancer de la prostate ne cesse d'augmenter. Cela provient du vieillissement de la population ainsi que du dépistage qui est de plus en plus souvent proposé aux hommes à partir de 50 ans. Aucun gène de prédisposition au cancer de la prostate n'a été clairement identifié comme cela a possible pour le cancer du sein. Et pour l'heure, personne n'arrive à dire si l'alimentation joue un rôle dans la genèse de la maladie. Des théories totalement contradictoires circulent. Certains chercheurs estiment toutefois que les produits chimiques, les toxiques qui envahissent de plus en plus notre quotidien pourraient être à l'origine de l'augmentation des cancers de la prostate.

La controverse du dépistage

Faut-il proposer à tous les hommes à partir de 50 ans de faire un test du PSA et un toucher rectal ? La controverse est très vive au sein du corps médical. Elle oppose une bonne partie des urologues aux oncologues et épidémiologistes.



Alors que l'on dispose aujourd'hui de preuves suffisantes pour dire que le dépistage systématique du cancer du sein pour les femmes permet d'abaisser la mortalité de près de 30 pour cent, cette preuve fait défaut concernant le cancer de la prostate.



Les tests de dépistage tels qu'ils sont proposés aujourd'hui ne sont pas d'une très grande fiabilité. Le PSA (prise de sang pour rechercher l'antigène spécifique de la prostate) n'est pas un marqueur spécifique du cancer et sa valeur peut monter en cas d'adénome (bénin) ou de prostatite (inflammation). Le toucher rectal n'a pas une valeur prédictive suffisante. Enfin les biopsies ne permettent pas de distinguer clairement les cancers qui sont peu agressifs de ceux qui sont mortels. Et c'est là où le bât blesse. Car une très grande partie des hommes vont développer un cancer de la prostate sans que celui-ci ne se manifeste du point de vue clinique. La grande majorité des hommes va mourir avec un cancer de la prostate mais pas à cause de lui. Sachant que les traitements peuvent générer des effets secondaires entravant sérieusement la qualité de vie, il y a lieu de réfléchir si cela vaut la peine de se faire dépister. Les urologues estiment sauver des vies en éradiquant les cancers pris à leur début.

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