Nouveau virus: en savoir plus
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Emission du 16 janvier 2008
L'homme triomphant des maladies, une certitude qui
s'étiole [DR]
Depuis que l'espèce humaine est apparue
sur terre, virus et bactéries lui livrent une guerre permanente. La
découverte des vaccins et des antibiotiques ont fait croire un
temps que l'homme en sortirait vainqueur. Aujourd'hui, on y croit
plus du tout. Dans cette bataille planétaire, les fronts se
déplacent sans cesse et on sait désormais que la biodiversité est
un réservoir inépuisable de nouveaux combattants. On appelle ça des
maladies émergentes, certaines n'apparaissent que sporadiquement,
comme la fièvre d'Ebola en Afrique, tandis que d'autres touchent
d'emblée l'ensemble de la planète, comme le sida ou plus récemment
le SRAS.
Bernard Novet et Mario Fossati ont mené l'enquête.
Selon l'OMS, le rythme d'apparition de nouvelles
maladies est plus élevé que jamais [DR]
Le 12 mars
2003, l'OMS déclenche une alerte internationale. Une maladie
inconnue se répand sur la planète en empruntant les couloirs
aériens des vols intercontinentaux. Baptisée SRAS, pour syndrome
respiratoire aigu sévère, la maladie est considérée comme la
première épidémie émergente du XXIème siècle. Et personne n'ose
espérer que ce sera la dernière. Selon l'OMS, sur le front des
maladies infectieuses, le rythme des nouveautés n'a jamais été
aussi rapide. Au cours des 40 dernières années, on a découvert 39
nouveaux agents pathogènes dans l'espèce humaine. Pratiquement un
par an.
A cette accélération s'ajoute l'apparition de maladies déjà
connues, mais dans des régions qui jusqu'alors semblaient
protégées. Et pas besoin de voyager jusqu'aux confins de l'Asie
pour devoir faire face à ces nouveaux risques.
L'encéphalite à tique, une menace tapie dans certaines
forêts romandes [DR]
En 2005, une menace jusqu'alors
inconnue est apparue dans certaines forêts romandes : l'encéphalite
à tique. Le virus de cette maladie transmise par la morsure des
tiques était resté cantonné durant 30 ans à quelques forêts du
centre et de l'Est de la Suisse. Mais subitement en 2005, le nombre
de cas a doublé et la zone d'infestation s'est étendue vers l'Ouest
du pays. A l'heure actuelle, on ne comprend pas encore pourquoi le
virus a migré, mais plusieurs indices suggèrent une explication
climatique. Désormais, les promeneurs en forêt devront apprendre à
vivre avec ce nouveau risque.
A la recherche des changements à l'origine d'une
nouvelle maladie [DR]
Les virus n'ont pas
d'intelligence propre, mais une formidable capacité biologique à
saisir les opportunités qui leur sont offertes de se propager.
Ainsi, chaque changement que l'homme apporte à son environnement
est susceptible de favoriser l'émergence de nouveaux agents
pathogènes. Quand un nouvelle maladie apparaît, la question est
toujours la même : qu'avons-nous modifié dans notre rapport à la
planète ? Qu'avons-nous fait pour ouvrir la boîte de Pandore ?
Un virus inoffensif pour un animal ne l'est pas
forcément pour l'homme [DR]
La grande majorité des
maladies infectieuses qui affectent l'espèce humaine sont d'origine
animale. De nombreux animaux sauvages sont porteurs de virus avec
lesquels ils vivent en harmonie. Les biologistes appellent cela des
réservoirs viraux. En conquérant de nouveaux territoires, notamment
dans la forêt tropicale, l'homme court le risque de déranger cette
harmonie et de percer ces réservoirs. Or un virus inoffensif pour
l'organisme d'une chauve souris frugivore peut s'avérer dévastateur
lorsqu'il infecte l'homme.
Le développpement des transports facilite la
transmission des maladies à l'ensemble de l'espèce
humaine [DR]
Si l'interaction de l'homme avec son
environnement naturel a toujours provoqué l'apparition de nouveaux
virus, jamais leur diffusion à l'ensemble de l'espèce n'avait été à
ce point facilitée. L'urbanisation galopante et l'explosion des
transports internationaux sont autant de facteurs qui multiplient à
l'infini la mobilité des virus.
Le moustique tigre, vecteur d'une vingtaine de maladies
tropicales [DR]
Mais les personnes ne sont pas les
seules à circuler sur la planète, les marchandises et les animaux
voyagent aussi. Et avec le temps, ce grand brassage planétaire peut
créer les conditions d'un nouveau foyer épidémique. Parmi les
bénéficiaires du commerce mondial, le moustique tigre fait figure
de champion. Originaire des bambouseraies du Sud-Est asiatique,
l'insecte est en passe de coloniser tous les continents en déposant
ses œufs dans des cargaisons de pneus usagers. L'histoire
demeurerait anecdotique si le moustique tigre n'était pas aussi le
vecteur d'une vingtaine de maladies tropicales dont la dengue, la
fièvre jaune et le chikungunya.
Le déploiemment du moustique tigre dans le nord de
l'Italie [DR]
En été 2007 dans la région de Ravenne,
en Italie du Nord, ce que tous les experts craignaient est arrivé :
une épidémie locale de chikungunya, fruit de la rencontre entre un
voyageur revenant d'Inde et une population déjà bien implantée de
moustiques tigres. Ce scénario préfigure peut-être ce qui pourrait
survenir encore plus au nord, et notamment en Suisse, où l'insecte
vit déjà au Tessin et vient d'être repéré au Nord des Alpes.
Des "sentinelles" basées à l'OMS guettent l'apparition
de nouvelles épidémies [DR]
Quel que soit le niveau
de vie et la culture d'une population, l'arrivée d'une épidémie met
toujours en danger le tissu social. Les systèmes de santé sont
débordés, les gens ont peur, l'activité économique ralentit, des
comportements irrationnels apparaissent. Même si l'on est pas
soi-même atteint par le virus, on n'échappe pas aux conséquences
indirectes de la maladie.
Progressivement, un système d'alerte mondiale est donc en train de
se mettre en place. Un véritable réseau planétaire de sentinelles
basé au siège de l'OMS, à Genève, et dont le rôle est d'analyser
toutes les informations faisant état de nouvelles épidémies sur la
planète.
La philosophie de ce réseau n'est plus d'adopter des mesures de
quarantaine et de miser sur la fermeture des frontières nationales
pour protéger les populations. Au contraire, la santé est désormais
globale, elle doit être comprise à l'échelle de l'espèce humaine
tout entière.
Au delà de la solidarité, c'est la simple prudence qui impose de
prendre des mesures à la source, dans des pays qui n'ont pas
toujours les moyens de se défendre seuls.