Questions - Réponses

Sciences

Agrandir les autoroutes permet-il de supprimer les bouchons?

Question de Laura (14 ans)

Vincent Kaufmann

Réponse de Vincent Kaufmann

EPFL

energie-environnement.ch

Prenez une autoroute reliant deux villes. Au hasard, celle reliant Lausanne et Genève, en Suisse. Deux pistes de chaque côté. Au fil des ans, la population a augmenté, la voiture s'est démocratisée, l'autoroute s'est engorgée. Construire une troisième voie pourrait effectivement fluidifier le trafic, c'est physique. Et simple. Mais pas forcément à longue échéance.

Différentes expériences ont été menées à travers le monde. Prenez Londres. La M25, qu'on appelle London Orbital, est une autoroute qui fait pratiquement le tour de la capitale britannique. Cette nouvelle voie a été construite entre 1975 et 1986 pour fluidifier le trafic. Trois ans après la fin de sa construction, elle était déjà engorgée. Rajouter d'autres voies n'a servi à rien. Mais pourquoi ?

Tout d'abord, c'est l'effet "appel d'air". Chaque fois que de nouvelles voies se construisent, de nouveaux conducteurs – qui ne prenaient plus l'autoroute pour cause de bouchons – ont pensé qu'ils pourraient à nouveau l'emprunter. Il y a donc plus de voitures.

Ensuite, il y a ce qu'on appelle la conjecture de Zahavi. C'est une théorie qui dit que lorsqu'un moyen de transport permet d'aller plus vite, on a tendance à l'utiliser pour aller plus loin plutôt que de passer moins de temps à se déplacer! Ce qui veut dire que créer de nouvelles infrastructures permettra simplement aux gens d'aller habiter plus loin. D'habiter par exemple dans le Jura et de travailler non plus à Neuchâtel mais à Fribourg!

Sans compter qu'aujourd'hui, les gens acceptent de passer plus de temps dans les transports qu'autrefois. En Suisse, il y a 20 ans, on se déplaçait en moyenne 70 minutes par jour. Aujourd'hui, 85! Alors que faire ?

On l'a compris, agrandir les autoroutes ne réduit pas les bouchons. Mais d'autres solutions existent, qu'elles plaisent ou non: faire payer l'entrée des villes et donc toucher le porte-monnaie des usagers de la route. Ou, réduire la vitesse sur les autoroutes pour que ce soit à la fois plus fluide et moins attrayant!

Vincent Kaufmann de l'EPFL pour energie-environnement

Question-Réponse autoroutes

9 juillet 2015

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