Questions - Réponses

Santé

Pouvons-nous augmenter la longueur et la forme de notre pénis? Si oui, quelle méthode biologique ou quel produit clinique pouvons-nous utiliser?

Question de Diophante 16

Grégoire Mayor

Réponse de Grégoire Mayor

Docteur

Service d’Urologie
Hôpitaux Universitaires de Genève  

Introduction
Bien que rarement pratiquées dans nos contrées, il existe des interventions permettant d’augmenter la taille de la verge, que ce soit en longueur ou en largeur: les pénoplasties ou phalloplasties d'agrandissement ou agrandissements péniens. Toutefois, aucune de ces interventions n’a été validée par les sociétés savantes concernées (International Society of Sexual Medicine, European Association of Urology, etc.), premièrement en raison de l’absence d’indication opératoire établie et, deuxièmement, en raison de taux de succès à long terme, plutôt faible, et de taux de complications, non négligeables. Ces différents facteurs expliquent que ces procédures ne se soient pas "généralisées" (à la différence, par exemple, de la pose d’implants mammaires). Finalement, ces procédures soulèvent également les enjeux éthiques et médico-légaux d’une intervention sur un organe sain, en sachant que le risque de complication n’est jamais nul, qu’il peut aboutir à des situations pires qu’avant l’intervention et que le taux de satisfaction postopératoire des patients est souvent faible (moins de 25%).

La taille du pénis
La taille du pénis se mesure depuis le pubis jusqu’à l’extrémité du gland, la verge au repos mais étirée. Il n’y a pas de critère strict de normalité, mais on définit généralement un micropénis en cas de longueur inférieure à deux déviations standards par rapport à la moyenne, qui varie selon les différentes études, notamment en fonction de critères ethniques. Il n’existe donc aucune taille "limite" en dessous de laquelle il serait médicalement justifié de procéder à une intervention. La taille de 9-10 cm en érection a été parfois évoquée comme une limite acceptable chez l’homme qui en souffre.

Si les micropénis sont rares, il est beaucoup plus fréquent de rencontrer des patients se plaignant d’avoir un pénis de petite taille, en fonction de critères subjectifs. On parle parfois de "syndrome du vestiaire" et de dysmorphophobie (la crainte d’être malformé), qui s’accompagne souvent de plaintes concernant d’autres organes. Intervenir sur de tels patients reste fortement controversé.

Perspectives psychologiques
Un complexe par rapport à la taille du pénis peut provoquer une souffrance psychologique non négligeable, qui contrecarre parfois l’épanouissement de la vie sexuelle, allant jusqu’au renoncement aux rapports intimes. Une intervention chirurgicale peut donc être perçue comme l’ultime moyen d'échapper à cette condition. Le but recherché par le patient est une satisfaction psychologique. Toutefois, les résultats sont souvent décourageants et une solide évaluation psychologique doit être effectuée avant toute intervention. Il faut préciser que les attentes des patients sont souvent irréalistes. Pour le psychologue, il faut exclure des troubles obsessionnels ou narcissiques et des dysmorphophobies sévères.

Types d’intervention
On distingue les interventions qui permettent une augmentation de la longueur de la verge, de celles qui en augmentent le diamètre. Aucune d’entre elles n’augmentera la taille du pénis à l’érection.  Ainsi, le but recherché est une satisfaction psychologique par des améliorations cosmétiques et visuelles. Il faut donc différencier ces interventions, par exemple, de la pose d’une prothèse pénienne en cas de dysfonction érectile sévère et qui permet, elle, une amélioration fonctionnelle (en précisant qu’une prothèse n’augmente pas la taille de la verge à l’érection).

  • Les élargissements péniens 
    • Injections de graisse autologue: il s’agit d’aspirer de la graisse abdominale ou de la cuisse, puis, après centrifugation, de l’injecter sous la peau pénienne. L’injection de petites quantités minimise le risque de complication, mais au prix d’un faible gain de taille. L’injection de plus grandes quantités augmente le risque de complication. Les résultats sont difficilement prévisibles et, au long cours, jusqu’à un tiers du volume injecté disparaît, certaines cellules graisseuses étant "digérées".      
    • Injection de silicone: le risque de complication est important, avec, parfois, des résultats esthétiques catastrophiques (lipogranulomes sclérosants du pénis) en raison de réactions inflammatoires contre la substance étrangère.
    • Injection d’acide hyaluronique: selon certaines études, il s’agirait d’une technique sûre avec un taux de satisfaction relativement élevé. Cette pratique n’est cependant toujours pas recommandée.
    • Différentes techniques de greffes (lambeaux dermiques, greffes veineuses, etc.) existent, mais elles sont techniquement complexes et les résultats aléatoires. Elles doivent être considérées comme expérimentales.

     

  • Les allongements péniens: certaines techniques permettent de modifier l’aspect des structures anatomiques adjacentes, augmentant la longueur de la partie visible du pénis. Un allongement jusqu’à 2 cm peut être espéré, au repos uniquement: 
    • Section du ligament suspenseur du pénis : la section de ce ligament permet un mouvement vers le bas des corps caverneux, donnant l’impression d’un gain de longueur. Les résultats varient d’une étude à l’autre. Le gain maximal est de 2-3 cm. Le taux de satisfaction est bas (moins de 20 %), mais il y a peu de complication.  
    • Liposuccion abdominale ou prépubienne : utile si le patient est obèse, le tablier abdominal pouvant recouvrir partiellement le pénis. L’intervention a peu de complication et le taux de satisfaction est plutôt élevé.
    • Lambeaux cutanés: des techniques d’avancement de lambeau (en V-Y inversé par exemple) ou d’interposition de lambeau existent, permettant de décaler vers le bas les structures pénopubiennes. La taille à l’érection ne change pas. Le risque de rétraction de la cicatrice est non négligeable. Ces techniques ne sont pas recommandées.

En résumé, en dehors de situations bien précises (micropénis, état après traumatisme pénien ou après pénectomie pour cancer), les agrandissements péniens sur des organes sains restent un sujet très controversé au vu de l’absence de réelle indication médicale, du faible taux de satisfaction (la taille en érection ne changeant pas) et du risque réel de complication. Une évaluation psychologique préopératoire est absolument nécessaire et les patients devraient demander plusieurs avis spécialisés avant toute intervention. Pour finir, la prise en charge médicale la plus simple et la moins onéreuse consiste souvent à rassurer le patient sur la taille de sa verge…

 

Remarque: la liste des procédures évoquées n’est pas exhaustive. Ces quelques lignes ne doivent en aucun cas être considérées comme un encouragement à procéder à un agrandissement pénien.

18 octobre 2016

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