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Basile Darbellay [DR]

Basile Darbellay

Docteur

Dermatalogue

Pratique privée à Orsières

Et pourquoi faut-il donc qu'ils s’acharnent sur moi?!

Par une douce soirée estivale baignée d’un bon fumet de grillade, qui n’a pas entendu l’un de ses comparses de table pester contre les culicidés femelles affamés! S’ouvre alors l'éternel débat de la victime favorite des moustiques…

Les moustiques sont les plus mortels des animaux, avec environ 725'000 décès en 2014 directement liés à leurs piqûres. Il existe donc un intérêt majeur des chercheurs pour identifier des moyens de prévention de ces piqûres. L’une des méthodes d’approche des scientifiques consiste à identifier les facteurs répulsifs naturels des personnes très rarement piquées afin de développer des anti-moustiques. Les biologistes ont ainsi fait de nombreuses découvertes surprenantes.

Les moustiques semblent être attirés principalement par le CO2 émis lors de la respiration. Ils seraient capables de sentir le CO2 à plus de 50 mètres de leur victime, soit  environ la largeur d’un terrain de football; pour un animal de moins de 5 mm c’est un exploit ! A une vitesse de vol moyenne de 2 km/h, le moustique vous aura rejoint de l’autre côté du terrain en 1 minute et 30 secondes.

Il a été montré que plus une personne émet de CO2, plus elle attire les culicidés. C’est notamment le cas des femmes enceintes, qui exhalent 20% de CO2 en plus durant leur grossesse. C’est aussi le cas des personnes de grande taille ou plus lourdes. Une méthode simple pour perturber les moustiques consiste donc à utiliser un ventilateur qui, en dispersant le CO2, désoriente les moustiques.  

A plus courte distance, les moustiques repèrent leurs cibles par bien d’autres facteurs: des substances sécrétées par les personnes de groupes sanguin O semblent attirer les moustiques, comme l’a montré une étude japonaise de 2004. Et la différence serait assez prononcée: 83% de probabilité de pause des moustiques sur les personnes de groupe O pour 46% sur les individus de groupe A!! Un bon conseil pour passer une soirée d’été paisible serait donc d’inviter une amie de groupe sanguin O enceinte qui possède un ventilateur.

Les moustiques semblent aussi être sensibles à la température corporelle et repérer des substances sécrétées dans la sueur, notamment l’acide lactique. L’effort physique, qui augmente la température corporelle et la production d’acide lactique, augmenterait donc le risque de piqûres. On pourrait ainsi préciser le profil de l’amie idéale à convier à une soirée estivale à l’ombre d’un arbre pour focaliser l’attention des moustiques: grande, enceinte et sportive…

Mais cela ne s’arrête pas là… Les bactéries qui colonisent notre peau modifient notre odeur corporelle et semblent déterminer aussi notre attractivité pour les femelles moustiques, selon une recherche hollandaise datant de 2011. Ainsi, une personne ayant une flore bactérienne diverse et riche en microbes du genre pseudomonas serait plus fréquemment piquée.

Encore plus surprenant, la consommation d’une seule bière augmenterait la probabilité d’être piqué de 15% selon une étude franco-canadienne publiée en 2010. En fait, l’alcool en général semble avoir cet effet. Ceci serait expliqué par une hypothèse comportementale évolutionnaire: les moustiques attirés par les personnes alcoolisées survivraient plus que les autres, simplement car les humains alcoolisés se défendraient moins contre les moustiques.

Ainsi, au fil des étés, les nouvelles générations de moustiques ont acquis cette capacité de cibler les personnes alcoolisées. Pour cette même raison – la sélection naturelle par une défense diminuée contre les moustiques - les personnes âgées et les jeunes enfants seraient plus piqués.

Enfin, les vêtements portés semblent jouer un rôle. Les moustiques seraient attirés par les couleurs foncées. Si la couleur préférée de notre invitée pouvait être le bleu marine…

Ainsi, il existerait de nombreuses raisons pour lesquelles une personne peut être plus piquée qu’une autre, la majorité de ces facteurs étant d’origine génétique. Quant au sucre, il n’est pas impossible qu’un lien existe entre glycémie et la probabilité de piqûres d’insecte mais cela n’a pas été montré à ma connaissance.

Voilà, il y a sans doute encore beaucoup de choses à écrire sur ce sujet, mais, le temps d’écrire ces quelques lignes, une culicidée s’est goulument gavée sur mon mollet gauche… Vivement l’hiver!

13.06.17