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Emma Tieffenbach [DR]

Emma Tieffenbach

Post-doctorante

Université de Genève

Je répondrais que non, un système financier implique bel et bien un marché financier. Pour étayer cette réponse, je prendrais l’exemple de Gustave, qui a besoin d’argent pour lancer son entreprise de vente de vélos, et qui fait l’offre suivante à Vera:

“Si tu me donnes CH 100.-, je te promets que, si Gustavelo & Co marche bien, tu recevras CH 110.- dans un an”.

Supposons que Vera accepte l’offre de Gustave et que l’échange ait lieu.

Remarquons d’abord que c’est en vertu de ce genre d’échanges qu’un système financier existe. Un système financier ce n’est rien d’autres qu’une série d’échanges du type que celui qui a lieu entre Gustave et Vera. Le terme de "système" ne doit pas effrayer. Il signifie seulement que les échanges de ce type ont lieu assez fréquemment, et non occasionnellement.

Maintenant posons la question: "De quel type d’échange s’agit-il précisément?"

Il s’agit d’abord d’un échange monétaire, dans la mesure où ce qui est transféré de la poche de Vera vers celle de Gustave, c’est de l’argent. Mais contrairement à certains échanges monétaires, Véra ne donne pas son argent contre un bien (par exemple une pomme ou un tire-bouchon) ni, non plus, contre de l’argent (par exemple, l’équivalent en Euros des CHF 100.-). Vera échange son argent contre CHF 110.- plus tard. En fait, il vaut la peine ici d’être encore plus précis en spécifiant que ce que Gustave donne à Vera, c’est le droit de réclamer CHF 110.- à certaines conditions, c’est-à-dire si Gustavelo & Co fait un bon chiffre d’affaire. Dans le jargon économique, ce droit prend la forme de titres.

Les marchés financiers, notons-le, ne sont rien d’autres qu’une série d’échanges de ce type, une série d’échanges d’argent contre des titres. Les titres sont des documents (dont l’existence n’est souvent pas plus tangible qu’une ligne électronique: ce qu’on appelle la "dématérialisation des marchés financiers") qui prouvent que l’on a un (ou plusieurs) droits sur un bien, à certaines conditions. Le droit de Véra de recevoir une partie des profits réalisés par Gustavelo & Co est un droit que Vera pourra revendiquer dans un an, à condition que Gustavelo & Co réalise le chiffre d’affaire prévu.

Pour répondre à la question posée par le lecteur, cet échange-là, celui qui a eu lieu entre Gustave et Vera, n'est pas du troc. En effet, ce qui est échangé, lors d’un troc, c’est un bien (par exemple, un vélo) contre un autre bien (par exemple, des patins à roulettes) ou bien contre un service (par exemple, une leçon de patins à roulette). Les trocs ont ceci de particuliers que, par définition, ils n’impliquent pas d’argent, ni de titre —seulement des biens et/ou des services.

Mais si l’échange qui a lieu entre Gustave et Vera n'est pas du troc, la question à laquelle le lecteur nous invite à réfléchir est: "aurait-il pu être du troc?". Au lieu de demander de l’argent à Vera, pourquoi, en effet, Gustave ne pourrait-il pas demander à Vera ce qu’il compte acheter avec cet argent, soit un vélo? Et Vera, de son côté, ne pourrait-elle pas avoir envie d’une leçon de vélo plutôt que des droits sur les profits réalisés par Gustavélo & Co ? Considérons l’offre suivante:

“Si tu me donnes un vélo maintenant, je promets une leçon de vélo maintenant”.

Il semble que l’échange qui est proposé ici est bien du troc (entre un bien et un service) et que, si cet échange avait lieu (et d’autres du même type), Gustave serait en bonne voie de lancer son entreprise de vélo.

Mais si cet échange conviendrait à Gustave, il n’est pas certain qu’il conviendrait aussi à Vera. En effet Vera veut — c’est l’hypothèse que nous faisons lorsque nous parlons de système financier— investir dans Gustavelo & Co. Cela signifie qu’elle espère avoir plus tard d’avantage que ce qu’elle mise dans cette entreprise maintenant. Vera, en d’autres termes, veut que son échange avec Gustave lui rapporte quelque chose plus tard. Un but qui n’est clairement pas atteint par une leçon de vélo maintenant. 

Dès lors, on peut se demander si ce but (que ça lui rapporte quelque chose plus tard) ne pourrait pas être atteint si l’offre alternative suivante était faite de la part de Gustave:

“Si tu me donnes un vélo maintenant, je te promets que, si Gustavelo & Co marche bien, je te donne une leçon de vélo plus tard.”

Certains seront sans doute tentés de répondre qu’une leçon de vélo n’est pas un bon retour sur investissement et que les attentes de gains futurs que Vera a, en tant qu’investisseuse, ne sont donc pas exemplifiées. Mais  cette réponse perd de vue que Vera a seule l’autorité de décider ce qui compte comme profit. Supposons que Vera accorde une valeur inestimable à cette leçon de vélo, ou en tout cas, une valeur bien supérieure aux 100.- qu’elle donne à Gustave. Dans ce cas, l’offre de Gustave lui serait profitable.

Bien que la leçon de vélo que Gustave lui promet dans le futur représente un gain aux yeux de Vera, et que l’échange ne comprenne rien d’autres qu’un bien (un vélo) et un service (une leçon de vélo), l’échange entre Vera et Gustave ne serait pas, à strictement parler, du troc. En effet, ce contre quoi Vera échange son vélo, dans le cas considéré, ce n’est pas un service, mais le droit qu’un service lui soit rendu, à certaines conditions, de la part de Gustave. Et, aussi éphémères soient-ils, les sons qui sortent de la bouche de Gustave, lorsqu’il promet à Vera une future leçon de vélo si son entreprise marche bien, pourraient compter comme un titre. C’est en tout cas ce que la dématérialisation des titres financiers, évoquée plus haut, permet de croire.

06.10.15