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Dossier

La presqu'île, qui prolonge l'Ukraine dans la mer Noire, se cherche une identité. Tiraillée entre un lien historique avec la Russie - dont elle abrite une partie de la flotte militaire - et l'Ukraine, cette république autonome est historiquement au coeur d'un conflit opposant Moscou à Kiev. Le point dans notre dossier.

La Crimée est toujours en état d'urgence énergétique

12h45 (20.12.2015) Cette situation profite à la Russie qui a construit un pont énergétique.
  • La campagne napoléonienne en Russie s'était soldée par une cuisante défaite. State Borodino War and History Museum, Moscou. [FineArtImages/Leemage - AFP]
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    Ukraine, le choc Occident-Russie à la lumière de l'Histoire Pourquoi l'Europe occidentale et l'Europe de l'Est se regardent en chiens de faïence depuis des siècles? Ce sentiment d'opposition entre les deux blocs est totalement présent dans la crise ukrainienne, et ce n'est pas forcément qu'une question linguistique entre russophones et non-russophones. Interview de Pierre Ducrey, professeur honoraire de l'Université de Lausanne, ancien directeur de l'Ecole suisse d'archéologie en Grèce. Forum (03.03.2014)
  • La tension monte autour de la Crimée. [Anton Pedko - EPA/Keystone]
    La Crimée est-elle le berceau d'un futur conflit mondial?   13:17
    La Crimée est-elle le berceau d'un futur conflit mondial? Les événements s'accélèrent en Ukraine. La Russie a décidé d'envoyer ses forces armées en Crimée, province russophone du pays. Vladimir Poutine a obtenu tout à l'heure l'accord unanime de la Chambre haute du Parlement. La situation inquiète les Européens. Les ministres des Affaires étrangères des pays de l'Union européenne ont prévu de se retrouver à Bruxelles en début de semaine prochaine pour évoquer cette crise. Par l'envoyé spécial de RTSinfo à Simferopol, Sébastien Gobert, avec le débat entre Ellen Wasylina, présidente d'un cabinet de conseil stratégique basé à Paris, et Alexandre Vautravers, spécialiste de stratégie militaire. Forum (01.03.2014)

Mise en perspective

  • Un peu d'histoire

    En 1954, dans l'indifférence générale, la République autonome de Crimée est "offerte" à l'Ukraine par Khrouchtchev, alors premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique. Soixante ans plus tard et au vu des événements de l'hiver 2014, il semble que les Russes aient changé d'attitude vis-à-vis de cette presqu'île de la Mer Noire qu'ils avaient jadis délaissée.

    Femmes tatares lors d'obsèques à Simferopol, en 2004. Les Tatars sont d'obédience musulmane. [Sergey DOLZHENKO - Keystone]Femmes tatares lors d'obsèques à Simferopol, en 2004. Les Tatars sont d'obédience musulmane. [Sergey DOLZHENKO - Keystone]

    En 1998, la Crimée comptait 2,5 millions d'habitants dont 65% parlaient russe, 22% l'ukrainien et 10% les langues altaïques des Tatars, une des premières ethnies à avoir élu domicile en Crimée. Avant eux, la région avait successivement été colonisée par les Grecs (VIe siècle avant notre ère) puis les Goths, les Huns, les Khazars, les Russes et les Coumans.

    Annexion et russification
    En 1783, au terme de la première guerre russo-turque (1788-1774), la Crimée jusque là indépendante est annexée par la Russie de Catherine II. Dès 1921, la presqu'île devient une république autonome sous le nom de république du Tatarstan, un geste du pouvoir soviétique visant à réparer les mauvais traitements infligés aux Tatars pendant la période tsariste.

    Dès 1928, cette bienveillance prend fin, cédant la place à de nouvelles campagnes de russification et de soviétisation. En un peu plus de dix ans, entre 35'000 et 40'000 Tatars sont emprisonnés ou déportés. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils sont collectivement accusés de collaboration avec les nazis et bannis de Crimée par un décret de Staline datant de 1944. Deux ans plus tard, en 1946, la République autonome de Crimée est abolie et entièrement repeuplée par des Russes.

    Chute de l'URSS et premières tensions
    Lorsque Nikita Khrouchtchev remplace Staline aux commandes de l'URSS en 1953, il dénonce la politique "injustifiée" de déportations voulue par son prédécesseur et rend quelques-uns de leurs droits aux Tatars. Ils ne sont pas pour autant autorisés à rentrer dans leur propre pays. Il faut attendre 1991 pour que le Soviet suprême déclare "illégales et criminelles" les lois encadrant ces déportations, réhabilitant (sans indemnisation) les exilés.

    Nikita Khrouchtchev et Joseph Staline en janvier 1936 [DR]Nikita Khrouchtchev et Joseph Staline en janvier 1936 [DR]

    En août 1991, peu de temps après la chute du Bloc de l'Est, la possession de la Crimée attise les tensions entre la Russie et l'Ukraine, notamment en raison du stationnement de la flotte russe en mer Noire. Le Parlement de la fédération de Russie déclare nul et caduc le transfert de 1954 qui rattachait la Crimée à l'Ukraine et donne le statut de République autonome à cette région.

    Situation complexe
    Lors des premières élections à la présidence de la Crimée, organisées en janvier 1994, cinq des six candidats à la présidence soutiennent publiquement le rattachement de la Crimée à la Russie. Iouri Mechkov, vainqueur de ce suffrage, promet aux électeurs un référendum sur l'indépendance de la région. Il est finalement remplacé par un sondage au cours duquel plus de 70% des électeurs de Crimée votent en faveur d'une plus grande indépendance vis-à-vis de l'Ukraine. 

    Un an plus tard, en mars 1995, le Parlement ukrainien décide d'annuler l'autonomie accordée par la Russie à la République de Crimée. Aujourd'hui pourtant, elle est toujours une entité autonome dotée de sa propre constitution mais faisant partie "intégrante et inséparable" de l'Ukraine.

     

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    Sources: Université de Laval

Le fil Twitter criméen d'Yves Magat