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L’économie du football, une affaire de gros sous

En 2007, 2 milliards d'euros ont été investis par les équipes des cinq meilleures ligues européennes pour le transfert de joueurs. 710 millions d'euros rien qu'en Angleterre! Le sport le plus populaire au monde génère une économie fortement polarisée. Quelles sont les caractéristiques de ces nouveaux marchés? Les réponses de Raffaele Poli, collaborateur scientifique au CIES de l’Université de Neuchâtel.
Zinédine Zidane, transféré au Real Madrid pour 75 millions d'euros [KEYSTONE]Zinédine Zidane, transféré au Real Madrid pour 75 millions d'euros [KEYSTONE]

75 millions d'euros pour faire passer Zinédine Zidane de la Juventus au Real Madrid. Soixante et un pour transférer Luis Figo du FC Barcelona au Real Madrid. Et «seulement» 47 pour déplacer Rio Ferdinand de Leeds United vers Manchester United... Ces vingt dernières années, le marché des transferts de joueurs s'est fortement développé.

Ce marché lucratif réveille l’appât du gain d’investisseurs d’un genre nouveau. A coup de millions d’euros, des sociétés s’approprient les droits de transfert des joueurs pour les revendre, quelques saisons plus tard, avec des bénéfices se chiffrant en dizaines de millions. En Amérique latine, des empresarios épongent les dettes des clubs en difficulté. Par la même occasion, ils rachètent les droits de transfert des footballeurs au talent prometteur qui y évoluent.

Ainsi, sur les 22 millions d’euros qu’a versé le Milan AC pour s’adjuger les services d’Alexandre Pato de l’International Porto Alegre (Brésil), une bonne partie est allée dans la poche de l’empresario du joueur, Gilmar Veldoz. En janvier 2010, la Fiorentina a engagé l’Argentin Mario Bolatti, auteur notamment du but qui permit à l’Argentine d’obtenir son ticket pour l’Afrique du Sud. Le club italien a payé 3,7 millions d’euros pour la moitié des droits de transfert de Bolatti. L’autre moitié est restée la propriété de son agent, Marcelo Simonian, qui touchera encore de l’argent lors du prochain transfert.

Des fonds peu accessibles aux clubs formateurs

Les clubs formateurs font souvent les frais de ce genre de tractations économiques. C’est par exemple le cas du club argentin Boca Juniors (Buenos Aires), qui a formé Carlos Tevez.

Le transfert du joueur aux Corinthians Sao Paolo s’effectue en 2004 pour 20 millions de dollars. Dans le même temps, les droits du joueur ont été acquis par Media Sports Investments, un fonds d’investissement dont les représentants contrôlaient aussi… le club acheteur. Après une période de prêt à une autre équipe, le footballeur a été loué pour 15 millions d’euros pendant deux ans à Manchester United avant d’être définitivement vendu à Manchester City en 2009 pour une somme avoisinant 30 millions d’euros. Cependant le club formateur Boca Juniors a dû se contenter de la contribution de solidarité prévue par la FIFA, qui se monte à 5% de l’indemnité de transfert.

Mais que fait la FIFA?

L’instance dirigeante du football mondial a réagi à ces pratiques en adaptant son règlement sur le transfert des joueurs. Il y est désormais stipulé qu’aucun club «ne peut signer de contrat permettant à une quelconque autre partie ou à des tiers d’acquérir dans le cadre de travail ou de transferts, la capacité d’influer sur l’indépendance ou la politique du club ou encore sur les performances de ses équipes.» Ceci signifie que le transfert de joueurs devrait se faire pour des raisons stratégiques et non économiques. Le document a cependant été peu suivi. En décembre 2009, Benfica Lisbonne a mis en vente via un fonds d’investissement les droits de transfert de ses footballeurs d’une valeur de 40 millions d’euros. L’économie du transfert de joueurs a encore de beaux jours devant elle.

RTSdécouverte, avec la collaboration d'Igor Chlebny, collaborateur scientifique de l'Université de Neuchâtel

Source: Le marché des footballeurs / Réseaux et circuits dans l’économie globale, avril 2010. Raffaele Poli. Collection Savoirs Sportifs, Editions Peter Lang: Berne

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