Modifié le 25 février 2013

Football et violence en Suisse

Fans bâlois durant un match contre Zurich
Fans bâlois durant un match contre Zurich [ - KEYSTONE]
Les supporters militants des clubs de football n'ont pas bonne réputation. Lorsque des échauffourées éclatent entre supporters rivaux ou avec la police, l'image qui surgit est souvent celle du casseur aveuglé par la violence, qui ne se sert du sport que comme prétexte à ses excès. Mais au fait, qui sont-ils, ces supporters militants? Réponses de Thomas Busset, sociologue à l'Université de Neuchâtel.

Après les hooligans des années 1990, qui recherchaient à tout prix l'affrontement, ce sont maintenant les « ultras » qui dominent le milieu des supporters militants. Pour ces supporters très actifs, c'est avant tout le soutien inconditionnel à leur club et à leur ville, ou à leur région, qui compte.

Ils fêtent leur équipe en déployant de spectaculaires actions chorégraphiées, où figurent en bonne place des banderoles géantes de leur fabrication, des chants guerriers rythmés et des feux de bengale. Les ultras se définissent eux-mêmes de la manière suivante: ils ne recourent à la violence que s'ils se sentent provoqués. Par ailleurs, les attitudes racistes et d'extrême droite sont en recul parmi ces supporters militants. Ils ne sont pas non plus nationalistes : un soutien actif à l'équipe suisse n'entre pas en ligne de compte, parce qu'il impliquerait de faire cause commune avec les fans de clubs rivaux.

Mais qui sont ces ultras?

Outre leur patriotisme régional et parfois leur inclination au chauvinisme local, les ultras se distinguent par leur nationalité. A l'inverse des joueurs, originaires du monde entier et de plus en plus du continent africain, les ultras viennent surtout de la ville ou de la région de leur club. Ces extrémistes presque exclusivement de sexe masculin, âgés de 15 à 25 ans, sont originaires de toutes les couches sociales. A une écrasante majorité, il s'agit de citoyens suisses bien intégrés qui considèrent que les femmes n'ont rien à faire dans leur groupement, voire même qu'elles constituent une menace pour leur «amitié masculine».

Les ultras se montrent critiques envers le caractère commercial de l'univers du football qui, à leurs yeux, est devenu un gros business gouverné par le grand capital. Ils considèrent que les joueurs qui changent de plus en plus souvent de club sont plus intéressés par leur propre profit que par le bien du club. Leur attitude vis-à-vis des joueurs est donc ambivalente également: le soutien qu'ils leur témoignent peut rapidement basculer vers le rejet et la moquerie. Par rapport aux mutations que vit l'univers du football, les supporters militants se posent volontiers en élément stable: sans eux, il n'y aurait pas de continuité et leur club n'aurait pas d'avenir. Avec leurs chorégraphies, les ultras pratiquent donc aussi l'auto-célébration.

RTSdécouverte, avec la collaboration d'Igor Chlebny, collaborateur scientifique de l'Université de Neuchâtel

Pour aller plus loin:

- Le football à l'épreuve de la violence et de l'extrémisme, Les Editions Antipodes Sous la direction de Thomas Busset, Christophe Jaccoud, Jean-Philippe Dubey et Dominique Malatesta 304 p.

- Lancé en 2003 sur mandat du Conseil fédéral, le programme national de recherche "Extrémisme de droite - causes et contre-mesures" vise à comprendre les conditions d'origine, les formes d'expression, la propagation et les conséquences des attitudes et activités d'extrême droite en Suisse. (voir http://www.pnr40plus.ch/)

 

Publié le 07 juin 2010 - Modifié le 25 février 2013