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Les nouveaux stades

Jadis bastion farouchement défendu par le club, le stade moderne se greffe de plus en plus souvent sur un espace commercial. Comment les supporters se retrouvent-ils dans ce nouvel environnement? Des éléments de réponse avec Roger Besson, doctorant à l’Institut de géographie de l’Université de Neuchâtel.
Le Soccer City Stadium de Johannesburg [KEYSTONE]Le Soccer City Stadium de Johannesburg [KEYSTONE]

La modernisation des stades suisses est devenue une priorité depuis la fin des années 1990. Certaines enceintes n’avaient pas été rénovées depuis plus d’un demi-siècle. Elles ne répondaient plus aux normes minimales de sécurité, devenant inadaptées pour la télévision et les annonceurs. «Dans les anciens stades, la modernisation suivait directement les résultats de l’équipe, explique Roger Besson. Si le club devenait champion, on ajoutait une tribune. Depuis une vingtaine d’années, la tendance est devenue proactive. Pour les clubs, il s’agit d’accroître les recettes, en essayant de séduire un nouveau public, de préférence au pouvoir d’achat plus élevé.»

Le foot deviendrait-il élitiste?

«Les stades étant plus confortables, on en profite pour augmenter le prix des entrées au risque d’exclure des personnes aux moyens plus modestes», note Roger Besson. A Neuchâtel, les places les moins chères pour un adulte sont passées de 12 à 25 francs. Quant aux étudiants, ils doivent débourser 20 francs : un prix qui a quadruplé en quelques années. Les enfants, qui ne payaient rien dans l’ancienne infrastructure, sont désormais taxés.

Si les nouveaux aménagements attirent des spectateurs des catégories généralement sous représentées dans les tribunes (les femmes ou les étrangers), ils participent aussi à une «élitisation» du lieu. Il y a par exemple plus de personnes ayant un haut niveau de formation, tandis que les espaces VIP se louent à prix d’or, attirant une foule venue plus pour être vue que pour assister au jeu.

De nos jours, quels publics fréquentent les stades ?

Du côté du public, on observe une segmentation accrue des pratiques de fréquentation du stade. Il y a davantage de spectateurs qui s’impliquent peu, qui vont au stade comme on se rend au cinéma. Cette catégorie est très sensible aux résultats, renonçant à suivre les matches si le club subit des revers. Dans le même temps, on note une augmentation des membres des groupes de supporters ou des clubs de soutien.

Même si cette tendance est à la baisse, le stade reste un lieu propice à l’élargissement de son réseau social, surtout pour les personnes plus âgées. A la Maladière, plus d’un spectateur sur deux déclare avoir fait de nouvelles rencontres au stade. L’indice grimpe même à sept sur dix parmi les seniors de plus de 65 ans.

RTSdécouverte, avec la collaboration d'Igor Chlebny, collaborateur scientifique de l'Université de Neuchâtel

Pour en savoir plus: Le virage des tribunes / La modernisation des stades et le public de Neuchâtel Xamax (2009), Roger Besson, Raffaele Poli, Editions CIES.

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