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Les enjeux de la nationalité

Pour augmenter les performances de leur équipe nationale, certains États n’hésitent pas à offrir la nationalité à des joueurs étrangers au potentiel prometteur. Quel impact cela a-t-il sur les joueurs et les compétitions? Les réponses de Yann Hafner, doctorant en droit du sport à l’Université de Neuchâtel.
Porter les couleurs d’une équipe nationale n’est pas qu’une affaire de passeport [KEYSTONE]Porter les couleurs d’une équipe nationale n’est pas qu’une affaire de passeport [KEYSTONE]

Porter les couleurs d’une équipe nationale n’est pas qu’une affaire de passeport. Il faut que les sportifs qui la constituent reflètent un tant soit peu la culture du pays, dans un souci d’identification du public. Le débat concerne avant tout les double-nationaux. Quand on sait que la moitié de l’équipe suisse des moins de 17 ans victorieuse de la Coupe du monde 2009 possède deux passeports, on comprend le souci des sélectionneurs helvétiques de voir échapper les talents qu’ils ont formés. Comment les conserver ? La réponse dépend en partie de l’évolution des règles sur la nationalité.

Doit-on choisir son pays?

Avant 2009, le choix définitif du pays devait impérativement intervenir avant l’âge de 21 ans. C’est par exemple ce qui a poussé certains joueurs bien connus, comme Ivan Rakitic (pourtant né en Suisse) et Mladen Petric, à porter les couleurs de la Croatie plutôt que celles de la Suisse.

En 2009, suite à la demande de plusieurs pays africains désireux de récupérer des double-nationaux évoluant en Europe, mais qui n’avaient finalement pas été retenus dans les équipes nationales A du Vieux-Continent, la FIFA assouplit les règles. Changer de sélection nationale reste désormais possible, à condition que le joueur n’ait jamais participé à un match international d’une compétition officielle avec l’équipe A d’un pays. Mais face à la surenchère de certains pays, les règlements doivent constamment être adaptés, afin de maintenir la régularité des compétitions.

La tentation du changement

En 2004, l’équipe du Qatar courtisait déjà, par l’intermédiaire de son sélectionneur français Philippe Troussier, plusieurs joueurs en dehors de son territoire. Le Brésilien Ailton, meilleur buteur du championnat d’Allemagne à cette époque, s’est vu proposer une somme de plusieurs millions d’euros pour changer de nationalité. De nos jours, des pays comme la France ou la Slovénie donnent plus facilement des passe-droits aux joueurs prometteurs. L’Australie a récemment annoncé qu’il suffira aux sportifs d’élite de justifier de six mois de résidence pour être naturalisés. Une telle politique est impensable en Suisse, où aucun privilège n’est accordé aux sportifs, fussent-ils exceptionnels, pour l’acquisition de la nationalité.

La double-nationalité, une chance pour les joueurs

Certains joueurs tirent largement profit de leur statut de double-national. L’attaquant du Real Madrid Gonzalo Higuain est à la fois français et argentin. Bien qu’il défende les couleurs de l’Argentine en équipe nationale, il a fait valoir son passeport français pour être facilement engagé dans les ligues européennes. Le nombre de joueurs extra-communautaires étant limité pour les clubs européens, c’est incontestablement un atout. Reste à savoir comment les règles évolueront pour préserver l’intérêt des compétitions.

RTSdécouverte, avec la collaboration d'Igor Chlebny, collaborateur scientifique de l'Université de Neuchâtel

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