Questions - Réponses

Société

En ce qui concerne la découverte du feu, la plupart des préhistoriens évacuent une hypothèse pourtant à mes yeux à retenir; le feu apparaît spontanément dans une circonstance bien précise que l'on peut vérifier encore aujourd'hui: la fermentation des déchets. L'homme préhistorique aurait pu facilement observer des feux de détritus domestiques provoqués par la fermentation de ses propres ordures et d'amas de corps organiques. C'est donc lorsqu'il a voulu évacuer ses déchets que l'homme les a nécessairement fait fermenter et a constaté des feux, ce qui était répétable à volonté. Il suffit d'observer des grandes déchetteries pour constater qu'elles prennent feu régulièrement par la fermentation. Les silos aussi connaissent ce phénomène: si le grain n'est pas aéré, il fini par s'enflammer.

Question de llistener (50 ans)

Martine Piguet

Réponse de Martine Piguet

Laboratoire d'archéologie préhistorique et anthropologie

Institut Forel, sciences de la Terre et de l'environnement

Université de Genève

Il est difficile de reconstituer les gestes des chasseurs-cueilleurs ayant vécu il y a plusieurs centaines de milliers d’années, étant donné la rareté des traces et des vestiges de cette période, en ce qui concerne la découverte du feu notamment. Pour comprendre le passé, les archéologues se réfèrent souvent aux sociétés actuelles, mais pour la période si ancienne qui nous occupe ici il faut reconnaître les limites d’une démarche qui s’appuie sur des analogies avec des sociétés plus récentes.

Les premières tentatives de maîtrise du feu ont vraisemblablement lieu entre 700’000 et 500’000 ans. Comme l’avait précisé Alain Gallay dans ce forum, "l’utilisation du feu devient incontestable à la période où vit Homo erectus, mais elle reste très rare. Le feu n’est pas systématiquement utilisé et continue à n’être que collecté de façon épisodique." A cette période, les hommes exploitent exclusivement des ressources alimentaires sauvages (animaux et végétaux). Etant donné l’armement disponible à cette période, la chasse était dirigée vers les espèces de taille petite à moyenne, loin de constituer des amas de corps organiques susceptibles de fermenter. Les charognards devaient également limiter la présence des restes des carcasses. De plus, les hommes préhistoriques produisaient sans doute peu de déchets car outre des ressources alimentaires, ils tiraient des animaux plusieurs matières premières nécessaires à leur vie quotidienne: os, peau et tendons étaient vraisemblablement déjà prélevés par les Homo erectus.

Quant à la fermentation conduisant à l’inflammation de végétaux, elle est vraisemblable mais sans doute plus rare, dans un contexte de sociétés paléolithiques sans agriculture, que les incendies naturels dus à la foudre ou à du volcanisme pour certaines régions. Les grandes déchetteries actuelles ne répondent guère à la réalité des petits groupes d’hommes préhistoriques qui produisaient peu de déchets, qu’ils soient animaux ou végétaux.

3 février 2016

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