Catherine Fattebert décortique les films mythiques de l'histoire du cinéma. Un film par émission pour découvrir les faits marquants du tournage et du contexte social de l'époque. Interviews, extraits, archives et musiques de film sont les images sonores du "Chinese Theater".
Tous les soirs, projection du film du jour à la Cinémathèque de Lausanne (sauf les samedis).
Sailor est libéré après deux ans de prison pour assassinat. Lula, sa petite amie, vient le chercher à sa sortie de prison. Mais Marietta, la mère de Lula, est bien décidée à tout faire pour les empêcher d’être ensemble.
C’est beau, c’est noir, c’est sombre.
Nouvelle diffusion de l'émission du 4 décembre 2013.
Face à "Sailor et Lula", beaux et jeunes, se crée un univers monstrueux dans lequel prend corps la galerie de personnages lynchéens, bizarres et étranges. Le tout est léché par les flammes. C’est "Sailor et Lula", "Wild at Heart" en anglais, film américain de David Lynch sorti en 1990.
Une histoire somme toute assez classique: un couple qui s’aime et des obstacles. Une structure de road movie. Mais sur la route que traversent Sailor et Lula, les cadavres s’accumulent. La mort est omniprésente.
Plus que n’importe quel autre film de David Lynch, "Sailor et Lula" s’ancre dans une tradition très américaine: celle des amants criminels en cavale. Cette tradition, "Sailor et Lula" la poursuit et la pervertit, la parodie.
David Lynch aime dire qu’il a tourné ce film à un moment où le monde empirait. Ces images sont nées du chaos ambiant de la fin de la décennie 1980, la désintégration du bloc communiste, le triomphe du conservatisme aux Etats-Unis, la guerre du Golfe, et prégnant, dans l’air, les futures émeutes de Los Angeles. Dans cet enfer, Lynch veut mettre en scène une histoire d’amour qui unit deux êtres au cœur pur, Sailor garçon impulsif et Lula, une fille chaude comme l’asphalte de la Géorgie.
Même si "Sailor et Lula" n’est pas le film le plus important de l’œuvre de David Lynch, il s’inscrit durablement dans le mouvement de rénovation que le cinéma américain connaît en ce début des années 90 avec des cinéastes comme Tim Burton ou les frères Cohen, qui cherchent à créer une nouvelle forme de cinéma d’auteur à Hollywood.
A la télévision, la violence déborde sous couvert d’informations. Corps arrachés, mutilés, puits de pétrole en feu, tel est le corpus d’images réelles soumis à l’imagination des artistes. Et un artiste, plus que n’importe qui d’autre, va s’inspirer du climat ambiant et créer un ovni cinématographique qui va révolutionner le cinéma. Ce cinéaste s’appelle David Lynch et son film "Sailor et Lula" ouvre une ère de violence, non plus à la télévision dans le télé journal, mais sur grand écran.
Vingt ans après, la séquence au cours de laquelle Sailor s’acharne à mains nues à réduire en bouillie la cervelle d’un homme de main envoyé par Marietta, la mère de Lula, fait toujours grand effet. Vingt ans après, la folie amoureuse de Sailor et de Lula, leur fuite désespérée, la violence à laquelle ils sont confrontés, l’absurdité des situations des lesquelles ils évoluent, créent sur grand écran quelque chose de très particulier.
Références
David Lynch, "Mon histoire vraie", Editions Sonatine, 2006
David Lynch, "Entretiens avec Chris Rodley", Cahiers du cinéma, 2004
Michel Chion, "David Lynch", Cahiers du cinéma, 2007