Catherine Fattebert décortique les films mythiques de l'histoire du cinéma. Un film par émission pour découvrir les faits marquants du tournage et du contexte social de l'époque. Interviews, extraits, archives et musiques de film sont les images sonores du "Chinese Theater".
Tous les soirs, projection du film du jour à la Cinémathèque de Lausanne (sauf les samedis).
A San Fransisco, Sam Spade et Miles Archer tiennent une agence de détectives privés. Un jour, une jeune femme vient leur demander de prendre en filature un certain Floyd Thursby. Archer s’en charge. Il est abattu, ainsi que Thursby.
La police soupçonne Sam Spade d’avoir éliminé Thursby pour venger son associé.
Nouvelle diffusion de l'émission du 18 février 2011.
De son côté, Sam Spade se met à enquêter et retourne voir la jeune femme qui lui sert mensonge sur mensonge. Il reçoit également la visite dans son bureau de Joel Cairo, personnage coquet et parfumé qui recherche une statuette mythique d’une valeur considérable. Il se trouve que la jeune femme, Cairo et un autre personnage Kasper Gutman, recherchent tous cette antiquité représentant un faucon.
Spade avance dans l’histoire pleine de faux semblants, se perd plusieurs fois, et finit par découvrir la vérité.
Voilà en grandes lignes l’histoire du Faucon maltais, une intrigue simple, remarquablement construite, faite pour l’essentiel de mensonges, de menaces et de fausses pistes.
Le Faucon maltais est considéré comme l'archétype du film noir.
Mais avant d’être un film, cette histoire est un livre, et quel livre!
On sait que John Huston connaissait l’auteur du livre, Dashiell Hammett, et qu’il l’appréciait. D’ailleurs, Dashiell Hammett a lui apprécié l’adaptation cinématographique de son roman.
Hammett, ce nom devrait vous dire quelque chose: c’est un des auteurs américains parmi les plus connus et les plus reconnus. Salué par Hemingway, Chandler ou Simenon.
Un homme qui n’est pas seulement un écrivain qui invente des histoires de détectives, mais bien un détective qui devient écrivain et qui invente les codes du polar tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Dashiel Hammett a travaillé pour la célèbre agence de détective Pinkertone.
Ce sont des restes de tuberculose contractée enfant qui le forcent à quitter l’agence et à chercher un autre travail. Affaibli, et déjà alcoolique, il ne peut pas faire grande chose, alors il écrit. Il écrit sur ce qu’il connaît. Le milieu des truands, des policiers, la pourriture du milieu, la nuit, la pluie, le sang, la vengeance, les codes d’honneur des détectives, des histoires où bien et mal s’entrecroisent sans plus trouver de frontière nette.
Dans les années 1920, cet homme qui écrit sans concession sur un milieu particulier, dans un style sec et visuel, révolutionne le roman policier. Lui donne carrément des lettres de noblesse.
Ses histoires paraissent en épisodes dans Black Mask Magazine, un pulp. Tous les écrivains de polar américains verront leur nom dans ce magazine.
Quand Dashiell Hammett propose Le Faucon maltais à son éditeur Alfred Knopf, il lui dit qu’un jour quelqu’un fera de la littérature du roman policier et que lui peut être ce quelqu’un.
Knopf publie Le Faucon maltais en 1930: le succès est immédiat en rupture complète avec les autres aventures de détectives de l’époque.
Le cinéma d’ailleurs ne s’y trompe pas, puisqu’immédiatement, la Warner Bros achète les droits d’adaptation du Faucon maltais.
Une première version est tournée en 1934, un échec.
Une seconde en version comédie en 1936, un échec.
Le livre semble être perdu pour le cinéma, mais c’est sans compter sur l’amour que John Huston porte au Faucon maltais.
Un John Huston scénariste qui sort une copie fidèle, très dialoguée du roman. Un rythme soutenu, une histoire d’une course à la richesse et à la déception.
Du Dashiell Hammett qui passe de la page à l’écran, il fallait bien le culot de John Huston pour y penser.
Références
John HUSTON, John Huston, Editions Pygmalion, Paris, 1982
Robert BENAYOUN, John Huston, Cinéma d’aujourd’hui, Editions Seghers, 1966
Patrick BRION, John Huston, Biographie, filmographie illustrée, analyse critique, Editions de la Martinière, 2003