René Auberjonois

Il compte parmi les peintres suisses les plus importants du XXe siècle.

En octobre 1972, l'émission Hommages diffuse, à travers les témoignages de Gustave Roud et de son fils Fernand, entre autres, ce portrait contrasté de René Auberjonois, l'un des peintres suisses les plus importants de la première partie du XXe siècle.

Issu d'un milieu aisé de la bourgeoisie vaudoise, René Auberjonois est né le 18 août 1872 à Lausanne. Il suit des études classiques et commence à dessiner lors de son séjour en Angleterre. Après avoir fréquenté l'Ecole polytechnique de Dresde, il décide de devenir peintre et s'installe à Paris en 1896 où il rencontrera plus tard Ernest Ansermet et Charles-Ferdinand Ramuz avec qui se nouera une amitié et une complicité intellectuelle. René Auberjonois illustrera de nombreux livres de Ramuz, à commencer par la couverture de La grande guerre du Sondrebond (1905).

Marié en 1908, il rentre dans la propriété familiale de Jouxtens-Mézery où naissent ses deux enfants, Maurice et Fernand. Il rencontre en 1918 Igor Stravinski et réalise les décors, les costumes et le rideau de scène de L'histoire du soldat, sur un texte de Ramuz. René Auberjonois s'installe dans un atelier à Lausanne et effectue un séjour à Sion, essentiel pour ses thèmes valaisans.

Les années 20 lui procurent une certaine reconnaissance publique et des achats de musées cantonaux. Après deux divorces, il prend acte de l'impossibilité pour lui de concilier la vie familiale et son travail de peintre. En 1924, René Auberjonois rencontre Jean Dubuffet qu'il va accompagner dans son intérêt pour les «peintres schizophrènes», rendant visite à Louis Soutter et organisant une exposition de ses oeuvres. Autre rencontre importante dans la vie de René Auberjonois, celle d'Henri-Louis Mermod, l'éditeur de Ramuz, qui lui demandera de nombreux dessins d'illustration.

Le décès de sa mère en 1929 entraîne la mise aux enchères du patrimoine familiale. Désormais très seul, René Auberjonois fait construire une maison à côté de celle de Ramuz, à Pully, et l'occupe de 1933 à 1934. Brouillé avec son ami Ramuz, soumis à la critique pour sa décoration murale de l'abbaye de Dézaley, René Auberjonois se replie sur son travail et s'enferme de plus en plus souvent dans son atelier, cherchant une issue à la crise personnelle et artistique qu'il traverse.

Entre 1935 et 1940, il entretient une liaison avec Simone Hauert, modèle de nombreux tableaux. En dépit de problème de santé, la décennie 40 est la plus productive. En 1941, il se lie notamment avec Balthus.

En 1947, la mort de Ramuz l'accable. Sa propre vieillesse et sa santé le préoccupe. Dès 1950, il quitte progressivement la scène artistique, renonce à une rétrospective à Lausanne et se brouille avec le poète Gustave Roud. En 1955, il peint ses dernières ?uvres entre de longs séjours à l'hôpital. Il obtient une reconnaissance internationale à l'occasion de la première Documenta de Cassel. René Auberjonois s'éteint le 11 octobre 1957 à Lausanne.

  • Réalisateur: Liliane Annen