Le gardien du bisse

Un système ingénieux d'irrigation des cultures en Valais.

Ce petit reportage de 1962  sur les hommes du bisse a éveillé les souvenirs d'un Valaisan:

«Ces images du métier de gardien de bisses me rappellent mon enfance en Valais quand nous devions arroser les prés et les vignes. Pour échapper à la sécheresse de l'été et au manque d'eau d'arrosage, mes parents devaient s'inscrire au consortage ou à la commune pour obtenir un droit d'eau durant quelques heures et ceci toutes les deux à trois semaines. En cas d'extrême sécheresse, nous pouvions arroser plus souvent mais moins longtemps. Cette eau nous parvenait par des bisses qui l'amenaient depuis un torrent situé à plusieurs kilomètres.

A l'angoisse de manquer son tour d'irrigation, il y avait celle de ne pas recevoir l'eau. Soit que quelqu'un ne l'avait pas «rendue», soit qu'un autre nous l'avait «volée», malgré le risque d'une forte amende. Souvent la nuit, j'accompagnais ma mère car, disait-elle, on ne ferait pas de mal à une mère et son enfant. Parfois quand l'arrosage de la vigne semblait fonctionner au mieux, l'eau n'arrivait plus. Il nous fallait donc repartir le long du bisse pour savoir pourquoi et si nécessaire «rétablir» notre droit d'eau.

Pour certains prés, l'arrosage présentait moins de difficultés justement par une gestion plus stricte et un gardiennage tel que celui de ce petit film, d'où mon admiration pour ces hommes du bisse.»

L'irrigation de tous les pâturages, prairies et vignes, donnait lieu à une véritable organisation sociale, règlement et comité de consortage. Les bisses sont nés de cette volonté paysanne d'échapper aux conséquences de la sécheresse. Il fallait donc aller capter l'eau sur les cours des rivières et des torrents, les dévier sur des coteaux parfois rocheux, parfois moins escarpés et amener l'eau sur cinq, dix kilomètres et même davantage. Le plus grand bisse du Valais, celui de Saxon, fait plus de 32 kilomètres.

L'installation dans son entier avait un rôle essentiel dans la vie sociale d'une région. Tous ceux qui profitaient d'une façon ou d'une autre se devaient d'en respecter les règles strictes et de donner de leur temps pour son entretien. En général, au printemps, le poste de gardien du bisse était mis aux enchères, une profession étrange et très solitaire.

Les gardiens devaient contrôler deux fois par jour le tronçon qui leur était alloué, et parfois aussi la nuit. Il était important de réparer au plus vite les conduits endommagés et débarrasser les bisses du sable accumulé pour assurer le débit d'eau et éviter des dégâts dus aux débordements.

Le débit de cette eau vitale devait être assuré. Souvent le contrôle du débit se faisait grâce à un marteau fixé à une roue qui frappait selon un rythme régulier. A la moindre anomalie, le gardien était réveillé par «le bruit du silence».

Après la guerre les coûts d'entretien de ces bisses et l'évolution de l'agriculture ont entraîné petit à petit l'abandon d'une partie d'entre eux. De nos jours, avec le tourisme d'été et grâce à l'initiative de certaines associations, de nombreux bisses sont restaurés, tout ou partie. Les randonnées le long de ces bisses permettent de découvrir de magnifiques et pittoresques paysages valaisans.