Voix de la négritude

Interview d'Aimé Césaire et de Léopold Sédard Senghor.

En septembre 1963, le magazine littéraire Préfaces de la TSR se livre à une double interview d'Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Bien que de sensibilité politique différente, les deux hommes se sont engagés, l'un apparenté au parti communiste – Aimé Césaire prendra ses distances avec le PC en 1956 – l'autre devenant président de la République du Sénégal. Ils s'expriment ici sur les raisons de leur combat politique et sur les influences à l'origine de leur œuvre.

Aimé Césaire est né en Martinique en 1913. Professeur puis député de la Martinique, membre du Parti communiste jusqu'en 1956, ce descendant d'anciens esclaves puise dans le surréalisme les éléments nécessaires à exprimer son besoin d'affranchissement. Chantre de la négritude, concept qu'approfondira Leopold Sesse Senghor, il manifeste dans ses écrits la violence et le mépris du colonisé pour le colonisateur venu d'Europe. Mais son oeuvre est également emplie d'une d'une foi dans la vie doublée d'une aspiration à la justice universelle.

Aimé Césaire a publié des poèmes, Cahier d'un retour au pays natal (1947), Soleil cou coupé (1948), Cadastre (1961) ainsi que des pièces d'inspiration politique, La Tragédie du roi Christophe (1963), Une saison au Congo (1966).

Chez Césaire, le poète ne se sépare pas de l'élu, qui assura notamment le passage de la Martinique au statut de département d'outre-mer en 1946. Maire de Fort-de-France (1945 – 2001) et député de la Martinique (1946-1993), d'abord apparenté au groupe communiste, Aimé Césaire rompit avec le PCF en 1956. Il fonda deux ans plus tard le Parti progressiste martiniquais.

Il meurt à Fort-de-France le 17 avril 2008.

Léopold Sedar Senghor est né le 9 octobre 1906 à Joal, ancien comptoir au sud de Dakar. Arrivé à Paris à l'aube des années 30, il suit l'itinéraire des enfants doués: le lycée, les racines grecques et la section classique. Il prépare l'Ecole normale supérieure Louis-le-Grand et poursuit ses études à la Cité universitaire. Il obtient en 1933 la nationalité française.

En 1934, il fonde un journal l'Etudiant noir puis plus tard, en 1947, il sera avec Alioune Diop à l'origine de la célèbre revue Présence africaine qui défend la négritude et l'écriture africaine. En 1935, il devient le premier Africain reçu à l'agrégation de grammaire. Professeur de français à Tours puis à Saint-Maur, il se consacre à la poésie.

En 1945, il s'engage en politique et participe à la mise en forme de la Constitution de la IVe République. Il crée le Bloc démocratique sénégalais (BDS) afin de tenir compte des réalités rurales africaines. En 1951, le BDS emporte les législatives. Le poète devient alors l'homme politique le plus populaire du Sénégal.

En 1960, Senghor est élu président. Il sera réélu en 1963, 1968, 1973 et en 1978 malgré l'émergence de deux partis politiques dont le Parti démocratique du Sénégal (PDS).

Il est élu à l'Académie française, le 2 juin 1983.

Il meurt le 20 décembre 2001 à l'âge de 95 ans.

  • Journaliste: Maurice Huelin