Céline vu par Guillemin

Le critique apporte un éclairage sur Louis-Ferdinand Céline.

Cinq ans après la mort de l'écrivain, en juin 1966, Henri Guillemin consacre une de ses conférences télévisées à Louis-Ferdinand Céline.

Le critique s'attache à disculper cet auteur devenu paria en raison de son antisémitisme vociférant. Il met en lumière le style de Céline, son écriture jubilatoire et les étincelles de poésie dans la noirceur de ses récits mais surtout Henri Guillemin évoque l'homme, sa profondeur, sa sensibilité.

L'écrivain français Louis Destouches, plus connu sous son nom de plume de Louis-Ferdinand Céline est né le 27 mai 1894 à Courbevoie (Seine).

Son père travaille dans une assurance et sa mère tient un petit magasin d'objets de curiosité. Louis Destouches passe son enfance à Paris où il suit une école communale avant d'être inscrit dans une école privée dès 1905.

Le jeune Destouches fait des séjours en Allemagne et en Angleterre pour apprendre les langues étrangères dans la perspective d'une carrière commerciale. En novembre 1909, il entreprend son apprentissage en bijouterie. En 1912, il s'enrôle dans l'armée. Nommé maréchal des logis en 1914, le jeune cuirassier participe aux combats dans les Flandres, est blessé à un bras et rentre médaillé de guerre mais partiellement invalide.

En 1916, Louis Destouches est engagé comme surveillant de plantations en Afrique mais il rentre prématurément. Après avoir effectué une mission contre la tuberculose en Bretagne, il entreprend des études de médecine qu'il achève en en 1924. Il entre alors à la Société des Nations dans le service d'hygiène et voyage dans différents pays. A 38 ans, il publie son premier roman Voyage au bout de la nuit sous le nom de Louis-Ferdinand Céline. C'est un succès immédiat qui rate de peu le prix Goncourt. En 1936, le manuscrit de son roman Mort à crédit suscite la polémique au sein de sa maison d'édition Denoël en raison de passages jugés obscènes et il sera imprimé avec des blancs. Le roman fait scandale lors de sa publication.

Dès 1937, Louis-Ferdinand Céline se met à écrire et publier des pamphlets antisémites Bagatelles pour un massacre et L'école des cadavres d'abord accueillis de manière tolérante avant de provoquer le rejet de l'écrivain et son exclusion de la vie littéraire.

Médecin-chef du dispensaire de Bezons, il quitte Paris en juin 1944 pour se rendre au Danemark où il a caché de l'or. Suite à une demande d'extradition lancée par la France, Louis-Ferdinand Céline est arrêté et incarcéré dans une prison danoise jusqu'en février 1947. Il ne peut quitter le Danemark. Après un premier procès en 1950 en France qui le condamne à l'emprisonnement et à l'indignité nationale, Céline est amnistié en 1951 par le tribunal militaire. Il rentre en France.

Toute l'œuvre de Céline, en dehors des pamphlets, est réimprimée par Gallimard en 1952 mais les lecteurs sont rares. A partir de 1956, les journalistes s'intéressent à l'écrivain puis en 1959, les universitaires. En 1960, il travaille à l'entrée de son œuvre dans la Bibliothèque de la Pléiade. Le 1er juillet 1961, il meurt d'une rupture d'anévrisme au lendemain de l'achèvement de son roman Rigodon.

Nourrie des expériences de sa vie et de ses rencontres, son œuvre demeure magistrale et la « petite musique » célinienne résonne aux oreilles de ses lecteurs.