Le vin des bourgeois

A Saint-Luc, les bourgeois font encore leur corvée.

Albin Salamin, un Anniviard, se souvient:

"Ce reportage présente l'activité printanière des bourgeois de Saint-Luc. En effet, depuis le début de leur existence les bourgeoisies en Valais possédaient un certain nombre de biens immobiliers et de biens fonciers. Pour Saint-Luc et les bourgeoisies du Val d'Anniviers, il s'agissait entre autres de vignes dans la région de Sierre.

De nos jours encore, les bourgeois anniviards doivent à la communauté, une journée de travail, appelée "corvée". L'une de ces journées consiste au vignolage, c'est-à-dire, aux travaux de printemps à la vigne (taille et piochage). A ce jour, comme en 1960, les bourgeois sont appelés au travail par les fifres et tambours. Chacun se joint au "défilé" avec son sécateur ou sa triandine (pioche à trois dents).

Dès l'aube, deux équipes s'activent dans la vigne, l'une pour la taille, l'autre pour piocher et retourner la terre, après avoir enrichi le sol avec de l'engrais ou du fumier. La journée est rythmée au son des fifres et tambours mais aussi du va et vient de la channe qui, du petit tonneau sur la charrette aux gobelets en bois des bourgeois, sert à désaltérer les travailleurs.

Pour la taille de la vigne, généralement les bourgeois les plus habiles et souvent les plus anciens, étaient choisis pour leur connaissance car la taille est une action très importante pour la production de raisin. Il s'agit de couper, de choisir, de prendre pouvoir sur la plante pour la guider, mettre en forme le cep – taille guyot, taille gobelet – pour un bon développement dans les années à venir.

La fatigue et le vin aidant, souvent la journée s'anime avec des discussions acharnées sur la vie du village et de sa politique mais elle se termine bien, avec un repas pris en commun."