Le féminisme au cinéma

Delphine Seyrig et Agnès Varda en 1972.

Au printemps 1972, la réalisatrice française Agnès Varda prépare un film sur la condition de la femme. Dans le rôle principal, la comédienne Delphine Seyrig. Les deux militantes féministes, signataires du manifeste des 343 en 1971, se retrouvent dans le salon d'Agnès Varda pour parler de ce projet. L'objectif du film: briser les schémas, le "racisme à l'encontre des femmes", qui les enferme dans les rôles de vierge ou de putain, de dévouée ou de garce. Le film, qui devait s'appeler Mon corps est à moi, n'a jamais vu le jour. Mais Agnès Varda concrétisera l'idée dans L'une chante, l'autre pas, sorti en 1977 et qui est consacré à la lutte pour le droit à l'avortement. 

Agnès Varda est née d'un père grec et d'une mère française. Après avoir vécu sa petite enfance en Belgique, puis à Paris, elle occupe un emploi de photographe au Théâtre national populaire, alors mené par Jean Vilar, et rencontre le réalisateur Jacques Demy, son futur époux.

En 1954, utilisant de sobres moyens, elle crée La Pointe Courte avec Philippe Noiret et Silvia Monfort comme acteurs et Alain Resnais comme monteur. Ce film fera date, car il apporte un souffle de liberté sur le cinéma français.

Cinq ans plus tard, elle produit Cléo de 5 à 7~, un film sur une chanteuse à la plastique superbe et mortellement malade. Varda produira d'autres films qui feront d'elle, dans les années 1960, l'une des représentantes de la Nouvelle Vague, bien qu'elle s'en défende.

Entre 1968 et 1970, elle séjourne à Los Angelès, où elle produit un film hippie-hollywoodien : Lions love. De retour en France, elle tourne un film féministe et optimiste: L'une chante, l'autre pas. De retour à Los Angeles, entre 1979 et 81, elle tourne deux documentaires dont l'un très remarqué sur les peintures murales.

En 1985, Sans toit ni loi, mettant en vedette Sandrine Bonnaire, lui vaut le Lion d'or à Venise. Dix ans plus tard, pour le centième anniversaire du cinéma et avec l'appui de plusieurs vedettes, elle crée les Cent et une nuits, une fantaisie remplie de clins d'œil et de références au cinéma. En 2005, elle est membre du jury des longs métrages au Festival de Cannes.

Delphine Seyrig est une actrice française née en 1932 à Beyrouth et décédée en 1990 à Paris. Elle a joué dans 34 films pour le cinéma, notamment sous la direction de Alain Resnais (L'année dernière à Marienbad), François Truffaut (Baisers volés), Luis Buñuel (Le charme discret de la bourgeoisie) ou encore Marguerite Duras (India Song). Au théâtre, ce sont pas moins de 33 pièces dans lesquelles elle tient des rôles importants.

Delphine Seyrig est également connue pour son militantisme féministe. Elle fait partie des 343 signataires du manifeste de 1971, qui ont le courage de révéler "Je me suis fait avorter", s'exposant ainsi à des poursuites pénales.

  • Journaliste: Jo Excoffier
    Réalisateur: François Bardet