La foi d'Edgar Maufrais

Edgar Maufrais 1956

Le 7 juillet 1950, une dépêche de l’agence de presse de Guyane hollandaise annonce que des effets et des carnets abandonnés ont été retrouvés sur les berges de la rivière Tamouri par un Indien Emerillon. Ceux-ci appartiennent à l’explorateur et aventurier Raymond Maufrais, 23 ans, qui avait tenté une première : rejoindre par la Guyane les monts Tumuc Humac, et de là traverser les terres inexplorées du centre brésilien pour redescendre par le rio Yari jusqu’à Bélem, et ceci en solitaire. Son corps ne sera jamais retrouvé, et ses carnets révéleront assez nettement que le 13 janvier, Raymond Maufrais, affamé et épuisé, a essayé dans une tentative désespérée de descendre à la nage et à pied, mais en suivant la rivière, jusqu’au village de Bienvenue, distant de 70 kilomètres. Peu sont ceux qui croient alors à ses chances de survie, mais l’affaire fait grand bruit dans la presse française, et donne naissance à une foule d’hypothèses plus ou moins rationnelles.

Son père Edgar, comptable à l’arsenal de Toulon, sera de ceux qui ne voudront jamais croire à sa mort. Il le croit vivant au milieu des Indiens, peut-être prisonnier, peut-être amnésique. En 1952, Edgar Maufrais embarque à destination du Brésil, sans aucune préparation et avec très peu de moyens. Douze ans durant, Edgar montera dix-huit expéditions, sillonnera la forêt tropicale de Guyane et du Brésil, parcourant douze mille kilomètres, l’espoir chevillé au cœur. Financées par la vente des bijoux de famille et par les droits d’auteur des deux livre de son fils, Aventures au Matto Grosso, Aventures en Guyane (le texte des carnets retrouvés), et du sien, A la recherche de mon fils, tous publiés chez Julliard, ses aventures vont faire de lui un personnage mythique et pathétique. En 1964, épuisé, il accepte de rentrer à Toulon ou il mourra dix ans plus tard, sans avoir jamais abandonné l’espoir du retour de son fils.

(Photo: Association des Amis de l'Explorateur Raymond Maufrais) AAERM

  • Journaliste: Claude Mairé