Publié le 25 octobre 2017

De l'héroïne aux Paccots

La "Dzodzet connection" : article du journal 24 heures du 4 juin 1987.
La "Dzodzet connection" : article du journal 24 heures du 4 juin 1987. [RTS]
Le 20 octobre 1987 s'ouvre à Fribourg le procès de l'affaire des Paccots. Sur le banc des accusés, des trafiquants de drogue de stature internationale, ainsi que deux complices locaux. Deux ans auparavant, la police fribourgeoise avait découvert dans la petite station touristique des Paccots un laboratoire clandestin de fabrication d'héroïne. Elle avait fait à cette occasion la plus importante saisie de cette drogue à l'état pure jamais réalisée en Suisse.

Les faits

Les premières images de l'affaire, tirées de différents journaux télévisés de l'époque.

Laboratoire clandestin de fabrication d'héroïne dans un chalet des Paccots, 1985.
Archives - Publié le 03 octobre 2017

 

Comment expliquer que ces trafiquants aient choisi le paisible village des Paccots pour y installer leur laboratoire? Afin de le comprendre, un retour historique s'avère nécessaire. Au début des années 80, après la vogue du cannabis, les consommateurs suisses et européens sont de plus en plus nombreux à s'initier à l'héroïne et à la cocaïne qui arrivent sur le marché. Le succès de ces drogues dures est fulgurant. La toxicomanie est désormais une réalité avec laquelle la Suisse va devoir apprendre à vivre.

 

La Suisse, plaque tournante de l'héroïne, 1987.
Temps présent - Publié le 18 octobre 1987

 

Les filières de la drogue

Si l'Europe et la Suisse sont devenues les nouveaux marchés de l'héroïne et de la cocaïne, elles sont également des plaques tournantes des filières d'introduction des produits.

Cache de drogue, aéroport de Genève, 1987.
Temps présent - Publié le 22 janvier 1987
 

Dans l'affaire des Paccots, la morphine-base, à partir de laquelle est tirée l'héroïne, provenait du Liban. Elle est arrivée en Suisse par camion. Après sa transformation dans le laboratoire des Paccots, elle devait être acheminée au-delà de l'océan Atlantique pour aller approvisionner le marché américain.

 

Le procès

Le procès des membres de ce qui fut appelé la "Dzodzet connection" débute le 20 octobre 1987 à la caserne de la Poya, à Fribourg. Un impressionnant dispositif de sécurité est déployé autour des "caïds" des Paccots. Dépêchée sur place, la journaliste Françoise Chuard résume les enjeux de l'affaire et dresse le portrait des principaux protagonistes: Philippe Wiesgrill, considéré comme le chimiste en chef du groupe; Charles Altieri, issu du milieu du banditisme marseillais et qui, au cours de l’enquête, va même avouer sa participation à l’assassinat du juge Michel; François Scapula, un ancien de la french connection, proche des milieux mafieux américain et coordinateur du trafic. Deux Fribourgeois sont également sur le banc des accusés. Oscar H., un simple comparse, et Marcel Z., davantage impliqué, puisqu'on lui doit l’implantation du laboratoire en terres fribourgeoises.

Philippe Scapula, un des accusés de l'affaire de drogue des Paccots, 1987.
Télé journal - Publié le 20 octobre 1987
 

 

Au terme de leur procès, François Scapula, Philippe Wiesgrill et Charles Altieri seront condamnés à 20 ans de prison. Le Fribourgeois Marcel Z., quant à lui, écopera de 7 ans de réclusion.

En mettant ces trafiquants hors d'état de nuire, la Suisse n'en a pas pour autant fini avec le fléau de la drogue. En ces mêmes années 80, se sont installées dans des villes comme Zurich ou Berne de véritables  scènes ouvertes de la drogue. Les images du Kreis 5 ou du Letten hanteront encore de longues années les mémoires.

 

Sophie Meyer pour RTSarchives

Publié le 25 octobre 2017